quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Fog

CinéCinéma Frisson, 20 h 45.

par Louis SKORECKI

Des créatures cruciales, il y en a plein chez John Carpenter, prince de quelques mémorables ténèbres cinématographiques, dont l'un des premiers films, Fog (1980), émanation gazeuse immédiatement perceptible après le célèbre Halloween (1978), provoque un effet fraîcheur émouvant, comme un brumisateur d'eau thermale sur des yeux fatigués. Extraterrestres, enfants maléfiques, monstres, voiture vivante, anti-Dieu, homme invisible, les raisons de douter du réel ne manquent pas chez Carpenter qui s'en remit cette fois, avec une simplicité efficiente, aux conditions climatiques : l'expédition brumeuse qu'est Fog demeure un bijou que le temps qui passe n'entame pas, car le temps qu'il fait est sans âge. En général, les personnages entrent dans le brouillard et se perdent. Ici, c'est le brouillard qui se glisse dans les habitations, frappe aux portes et brandit un bras meurtrier. La nappe de blancheur scintillante qui arrive du fond de l'océan permet des plans à couper le souffle (certains tournés à Bodega Bay, dont le ciel abrita les Oiseaux du grand H), qui rejoignent l'abstraction déifiée du Solaris de Tarkovski. Fog est issu d'une matrice traditionnelle (mythes et légendes) où le fantastique s'investit dans des peurs enfantines. Le brouillard est un négatif de l'obscurité, il est un substitut envoyé par l'invisible dans un monde trop éclairé. Carpenter est un agent d'atmosphère qui installe un décor et une ambiance, qui actionne un songe. Jamais le rythme, à l'égal du pouls, ne s'accélère, le danger et la peur adviennent calmement, sans hystérie. Longtemps, Carpenter retient la chose, c'est le monde juste avant l'irruption de l'exagéré qui le captive : les préliminaires de la peur. Pas seulement par respect du genre : Carpenter est un contemplatif toujours dans le regret de passer au plan suivant. Ici se vengent les marins d'un navire sacrifié un siècle plus tôt par une colonie de pionniers avides d'or, l'une des marottes de Carpenter étant que l'on gagne à être informé des saloperies commises par ses ancêtres, des fois que l'occasion de réparer se présenterait.

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