segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Full Metal Jacket. Ciné Cinémas I, 22 h 45.

LOUIS SKORECKI 15 OCTOBRE 1999 À 01:11

Renoir a du style, de l'allure, jusque dans ses plus mauvais films. Hitchcock aussi, qui fait du style, au fur et à mesure qu'il approche de la mort, le sujet même de ses films. Quelle est la différence entre un styliste comme Kubrick et un cinéaste qui a du style, comme Coppola? Le nom de Francis Ford Coppola n'est pas balancé ici au hasard. A quelques semaines de Full Metal Jacket, il signe Jardins de pierre, un film plus modeste, plus classique, et finalement plus personnel, sur le même sujet, l'attente de la guerre. Quelques années auparavant, l'un et l'autre y ont été de leur «vrai» film de guerre, Kubrick avec les Sentiers de la gloire, Coppola avec Apocalypse Now vingt ans plus tard. Au pacifisme monolithique de l'un (on ne s'étonne pas que Spielberg, mégalo-disciple de Kubrick, lui rende indirectement hommage avec son Soldat Ryan), on opposera l'intransigeance américaine de l'autre, sa reconnaissance frontale de l'impérialisme de son pays qui lui fait rapatrier, d'instinct, le carnaval vietnamien en territoire américain. La guerre du Vietnam, métaphore du cancer de l'Amérique, à prendre à la lettre. S'exilant à Londres, Kubrick s'enlise encore davantage dans une sorte d'anti-américanisme primaire dans Full Metal Jacket, là où Coppola n'évite ni le deuil, ni le simulacre de la guerre. Le style, chez lui, c'est de se coltiner les réalités de son pays, même les plus interminables, même les plus monstrueuses, là où Kubrick, de loin, de trop loin, se contente de dénoncer.

Un dernier mot. On oublie volontiers que Kubrick n'aime que les histoires d'hommes. Les femmes, chez lui, sont des objets, des fétiches. Souvent, il ne prend même pas la peine d'en mettre, des filles. Combien sont-elles à l'aimer, Kubrick? Combien de femmes aiment Huston, Kurosawa? Cinéastes chasseurs, cinéastes guerriers, nourris d'échec et de désespérance, de tristesse, de mélancolie. Pour certains juifs, les juifs hassidiques, par exemple, la mélancolie est le pire défaut, le pire péché. Dieu doit d'abord être source de joie. Kubrick n'était pas un bon juif. Il n'était pas non plus très bon cinéaste. Personne n'est parfait.

SKORECKI Louis

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