segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Hôtel des Amériques. Paris Première, 21h.

LOUIS SKORECKI 2 NOVEMBRE 1998 À 15:37

En deux films, Paris Première rend hommage, ce soir, à André Téchiné, réalisateur franco-français au maniérisme lyrique. Et si Hôtel des Amériques était le seul film entièrement convaincant de ce cinéaste de l'emphase et du chichi, comme le rappelle lourdement, à 22h35, Barocco, sombre noyade de sentiments déclamés, sur une partition bavarde et calamiteuse qui en fait un scénario à peine filmé? Les jeunes Depardieu et Adjani, moins ravagés qu'à l'habitude, ne parviennent pas à transformer la guimauve qui leur sert de dialogue en trame sentimentale minimum, coincés qu'ils sont dans des postures convenues, variations inconséquentes sur le thème du miroir et du double. En vingt ans, Barocco a vieilli d'un demi-siècle. Hôtel des Amériques, tourné cinq ans plus tard, en 1981, a quant à lui l'inconséquence intemporelle des grands mélodrames frondeurs. Hors mode, ce fut un terrible échec commercial. A part les deux Buñuel, c'est le seul rôle intéressant et troublant de Catherine Deneuve, actrice post-hitchcockienne égarée dans une époque qui ne lui convient pas, artistiquement parlant. C'est également le seul bon rôle de Patrick Dewaere, dont on peut dire exactement la même chose. Deux stars démodées, donc, dans une furieuse histoire d'amour provinciale et atypique, qui ose, pour une fois, la transgression de classes et le mélange des genres. Dans ce métissage amoureux et social, un paumé tombe sous le charme d'une grande bourgeoise qui ne croyait plus jamais aimer. Ils se cognent, s'attirent, se repoussent, avec une musicalité hégélienne étonnante, comme s'ils lisaient en eux-mêmes leurs dialectiques rivales.

Aux côtés de ces deux acteurs toujours sur la corde raide, à deux doigts de l'épilepsie ou de l'obscénité de la passion, beaux comme des camions, l'un des seuls véritables seconds rôles du cinéma français de ces vingt dernières années, Etienne Chicot. Sosie approximatif de Jean-François Bizot, il donne au film son côté méchant et superficiel, heureusement daté. Sur une plage défigurée par le vent, le Cinémascope sème le doute. Et si l'amour existait?

SKORECKI Louis

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