segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Hôtel des Amériques

LOUIS SKORECKI 26 JANVIER 2001 À 22:12

Ciné Cinémas 2, 23 h 10.

La paranoïa sentimentale, c'est un drôle de truc. On navigue entre jalousie, fantasmes, hallucinations, dans une inépuisable cathédrale intérieure dévastée. Le maître du genre, c'est Buñuel. Dans El ou la Vie criminelle d'Archibald de la Cruz, il s'y livre avec fureur, sans aucune retenue. Dans la vraie vie, un seul regard innocent de sa femme pouvait le mettre en transes, au bord du délire. André Téchiné n'est pas spécialement buñuelien, il n'a ni la patience d'entomologiste de l'auteur de Belle de jour, ni cette paranoïa schizoïde qui était capable de l'emporter, lui ou ses personnages, dans des abîmes de passion morbide. Téchiné serait plutôt sérieux, brechtien, romantique, rococo. Une fois, pourtant, dans son film le plus étrange, Hôtel des Amériques, il a laissé ses maniérismes au vestiaire pour se perdre dans un scénario presque buñuelien, court-circuité par de sombres pressentiments amoureux. Projet à la fois provincial et hollywoodien, d'un pessimisme flamboyant, Hôtel des Amériques explore la face sombre et mélodramatique d'un cinéaste davantage porté à l'impressionnisme naturaliste, avec des élans vieille fille dont raffole son public fidèle.

Côté casting, le film démarre en quatrième vitesse avec l'un des couples les plus atypiques du cinéma français, Catherine Deneuve et Patrick Dewaere. Tourné en 1981, cinq ans après les détours chichiteux et narcissiques de Barocco, Hôtel des Amériques a la sécheresse des premiers Pialat (Nous ne vieillirons pas ensemble) et l'étrange sentimentalité des derniers Brisseau. Terrible échec commercial pour un film qui ose, pour une fois, la transgression de classes et le mélange des genres. Dans ce vrai métissage amoureux et social, un paumé tombe sous le charme d'une grande bourgeoise qui croyait ne plus jamais aimer. Ils se cognent, s'attirent, se repoussent, dans une sorte de ballet sentimental à fleur de peau. Aux côtés de ces deux acteurs toujours sur la corde raide, à deux doigts de l'épilepsie ou de l'obscénité, Etienne Chicot donne au film un côté méchant et aride, sans aucune complaisance. Sur une plage défigurée par le vent, la caméra reste à distance. Elle baisse les yeux.

SKORECKI Louis

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