segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Il faut marier papa

LOUIS SKORECKI 6 JUILLET 2001 À 00:00

TCM, 23 h 15.

Avec Minnelli, il y a deux bêtises à ne pas faire. La première, c'est de penser qu'après 1959, c'est-à-dire après la merveilleuse démesure sentimentale de Comme un torrent, il n'aurait plus rien fait d'intéressant. Seconde bêtise, tout aussi mécanique, s'évertuer à trouver aux derniers navets qu'il tourne entre 1963 et 1976, une quelconque dignité artistique. Entre 1959 et 1963, en revanche, Vincente Minnelli tourne cinq films d'une étrange délicatesse, dont le dernier, Il faut marier papa, est un bel exercice de mélancolie militante. Le cinéma étant ce qu'il est, de la branlette populiste ou auteuriste, on accordera à cet espace préposthume où Minnelli traîne un peu les pieds un reste d'affection mouillée. Avant le délicieux Il faut marier papa, Minnelli s'était déjà offert Celui par qui le scandale arrive, petit frère disgracieux de Comme un torrent, qui vaut surtout par la raideur/mannequin de Robert Mitchum, Bells Are Ringing, qui doit tout à Dean Martin et plus encore à Judy Hollyday, les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse, avec sa beauté fugace de pièce montée, et Quinze Jours ailleurs, qui sert plutôt à jouer au cinéma qu'à le servir réellement.

Petit chef-d'oeuvre d'intimisme gamin, livré comme par étourderie à ses derniers fidèles en 1963, Il faut marier papa est l'avant-dernier film de la bonne trentaine que Minnelli tourne pour la MGM. Il y retrouve le naturalisme heureux de ses comédies familiales avec Elisabeth Taylor (Father of the Bride, Father's Little Dividend) et même quelque chose des amours déviantes de Thé et sympathie, le chouchou secret des vrais minnelliens. Il s'agit ici des stratégies du petit Ron Howard (Happy Days, Cocoon) pour marier son papa, Glenn Ford, l'enfant trouvant toujours un défaut à ses fiancées (Stella Stevens, Dina Merrill...). La voisine de palier, Shirley Jones, croisement improbable entre Judy Garland et Chantal Goya, c'est celle-là qu'il veut pour maman. Papa la remarquera-t-il? Elégance inquiète, impeccable filmage à hauteur d'enfant, avec une étonnante manière de revitaliser les clichés les plus éculés. Entre 1963 et 1976, Minnelli fera encore un peu semblant de faire du cinéma, avant de se laisser exhiber une dizaine d'années de festival en festival. A Deauville, il promènera une dernière fois ses cheveux teints, son costume jaune citron, son fond de teint hollywoodien, avant de s'en aller sur la pointe des pieds comme un vieux danseur mondain.

SKORECKI Louis

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