segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Je vous aime

LOUIS SKORECKI 5 MARS 2002 À 22:29

Ciné Cinémas 1, 20 h 45.

On ne s'est pas privé de raconter ici des choses pas très gentilles sur le cinéma qui se trame depuis plusieurs dizaines d'années aux quatre coins du monde, allant jusqu'à mettre des guillemets au mot «cinéma». Ça en a la couleur, ça en a la saveur, mais ça n'en est pas. Dans cette optique pas si pessimiste que ça (il y a d'autres distractions que le cinéma, à commencer par ce qui y ressemble le plus, la télévision), on s'est baladé avec plaisir du côté des films populaires (Pretty Woman, par exemple), leur trouvant plus d'une fois une certaine allure, un certain allant. Derrière ces films légers comme une valse ou une ballade, il y a souvent... une ballade ou une valse ­ c'est-à-dire des chansons, de la musique. Il n'est pas question ici des films qu'on achète en même temps que le disque, les Clint Eastwood fadasses ou certain Wong Kar-waï exigu qui ne se supporte que grâce au boléro mexicain de Nat King Cole. On parle des films-chansons, ceux de Gary Marshall (Pretty Woman, Frankie and Johnny, Just Married), tous ces films qui n'utilisent le cinéma que comme refrain d'images, un refrain sentimental qu'on fredonne dans sa tête, qu'on revoit même plusieurs fois, comme on réécoute Sinatra, Dalida ou Frida Boccara. Si le «cinéma» est ce qu'il est, pourquoi ne pas prendre son pied aux ciné-films, structurés et pensés comme des chansons, comme de futurs standards?

Je vous aime fait figure de précurseur dans la généalogie de ces films-là, qui valent ce qu'ils valent. Plus de vingt ans que Claude Berri, pas plus maladroit qu'un autre pour torcher des histoires personnelles et nerveuses (le Cinéma de papa), déboulait avec cette comédie sentimentale, vaguement bâtie sur le modèle de la Ronde (comme modèle, il y a pire), qui met très platement en scène les amours de Catherine Deneuve avec une poignée d'amants-guest stars, qui vont du sosie chiffonné d'Harry Langdon (Alain Souchon) au mince Gérard Depardieu. C'est un film dans lequel on retombe en chansons (comme on dit qu'on retombe en enfance), un bon film bourgeois, confortable et bien nourri, qui s'assume pour une fois comme tel. Ce ciné-film sans importance se voit et se revoit avec plaisir, rythmé par les paroles suaves de Dieu est un fumeur de havane (Serge Gainsbourg, pour une fois bien dirigé). Cette chanson, on la chante encore. Le film aurait été meilleur, on l'aurait encore dans la tête, on le fredonnerait lui aussi.

SKORECKI Louis

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