segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Jules et Jim. F2, 0 h 20.

LOUIS SKORECKI 12 SEPTEMBRE 1997 À 09:13

Belle idée de faire au Ciné Club ce mini-hommage à Jeanne Moreau. D'autant que les hasards de programmation font coïncider ce premier volet avec la mini-rétrospective Truffaut qui démarre dès lundi sur Arte (trois films et deux courts métrages). Occasion, pour le chroniqueur, de faire un «Je me souviens plus très bien" mais je vais essayer de recoller les morceaux». François Truffaut, Jeanne Moreau, quel beau duo annoncé. Un sacré générique. Pourtant, hier presque autant qu'aujourd'hui, quelque chose sonnait creux dans Jules et Jim, joli mélodrame quasi épistolaire, adaptation un rien lyrique mais aussi un rien compassée, pour ne pas dire paresseuse, du magnifique roman autobiographique de Henri-Pierre Roché (n'oublions pas que le seul autre roman de cet écrivain rare servira quelques années plus tard de base à l'un des deux seuls films dignes de François Truffaut, les Deux Anglaises et le continent). Ici, dans ce Jules et Jim pourtant quasi culte, «prêt pour la colorisation», n'assiste-t-on pas au retour du refoulé truffaldien midinette (qui fera les désastres qu'on sait dans l'abject Dernier Métro), sublimé par les fabuleuses chansons de Rezvani/Bassiak.

Mais il faut surtout insister, hommage à Moreau oblige, sur cette Jeanne qui ne fut curieusement jamais jolie (même jeune première, elle a déjà des allures de Bette Davis fripée) et qui sut tellement émouvoir en vieillissant (dans les deux films de Welles surtout, ce Falstaff bouleversant et cette Histoire immortelle ringarde qu'elle sauve du désastre), un art de l'émotion filmée qu'elle sût transmuer en direct dans son beau duo rétro avec la petite Paradis, multidiffusé depuis son triomphe aux Césars. Jeanne Moreau sera, vendredi, dans le Journal d'une femme de chambre, sous l'oeil d'entomologue d'un Buñuel fasciné par le naturalisme poétique du curieux roman d'Octave Mirbeau (moins sublime que l'adaptation hollywoodienne de Renoir, avec Paulette Goddard, un Hurt Hatfield si rare, et le vieux Burgess Meredith qui mange des fleurs parce que «les pierres, elles, n'ont pas de goût»). Moreau y est tout à fait exquise, malgré les chromos sentimentaux de cette histoire déjà académique.

SKORECKI Louis

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