segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Jules et Jim

LOUIS SKORECKI 1 NOVEMBRE 2004 À 02:49

J'irai cracher sur la tombe de François Truffaut s'il le faut. Il s'était réveillé d'un coup, comme s'il émergeait d'une nuit comateuse, pour entendre cette voix théâtrale, un peu ridicule, qui lui disait... quoi, déjà ? Ah oui. Une phrase nette, découpée au chalumeau, faite pour ne pas s'oublier. J'irai cracher sur la tombe de Truffaut s'il le faut.

C'est qui, cette voix ? Qui parle ?

Qui vient, tu veux dire ?

Si tu veux.

C'est moi. La voix, c'est moi.

Et alors ?

J'ai compris qu'il y allait de ma vie, qu'il fallait que ce soit dit.

Quoi ?

Que j'irais cracher sur la tombe de Truffaut s'il le fallait.

Et il le faut ?

Oui. Il le faut.

Quoi ?

Il faut qu'il crève.

Il n'est pas mort ?

Ah non. Il n'y en a que pour lui. Il est partout.

Il a fait des bons films, non ?

A part la Peau douce, ce beau mélo d'amour et de honte, le seul film qui lui ressemble vraiment, il n'a fait que des mensonges filmés.

C'est mal ?

S'ils sont mal filmés, oui.

Tu ne vas quand même pas dire du mal de Jules et Jim ?

C'est une horreur. C'est simple, c'est plus obscène qu'un enfant qui pète.

Un enfant qui pète, c'est joli.

Pas quand il est filmé. Un enfant vendrait n'importe quoi, tu devrais le savoir. Même son âme. Son âme, il la vend à chaque fois qu'il montre ses fesses pour vendre du papier cul. S'interdire de filmer des enfants et des animaux, c'est la toute première leçon de morale du cinéma. Pas de cinéma possible si on ne s'y plie pas.

Mais dans Jules et Jim, ce ne sont pas des enfants.

C'est pire. Ce sont des adultes filmés comme des bébés Lotus.

Tu es sûr de ça ?

Ah oui.

SKORECKI Louis Canal Plus Cinéma, 1 h 50.

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