segunda-feira, 14 de setembro de 2015

La Chambre obscure

LOUIS SKORECKI 21 DÉCEMBRE 2001 À 02:02

Canal Plus, 1 h 40.

Dès les premières images de la Chambre obscure, il est clair que Marie-Christine Questerbert n'a pas oublié le cinéma. Le souvenir du cinéma, il est rare de le retrouver dans les films. Ce que Questerbert n'a pas oublié, c'est ce qu'on appelait la mise en scène. La mise en scène, ça ne consiste pas à mettre l'oeil dans le viseur. Le cadre, il n'y a que les crétins qui s'y intéressent. Il paraît que Tavernier, le cinéaste Tavernier, laisse ses opérateurs faire le cadre pour être tranquille. Faut bien qu'ils travaillent, aurait-il dit. S'il l'a dit, c'est que la leçon américaine ne lui est pas complètement passée au-dessus de la tête. La leçon américaine, c'est de laisser faire les professionnels, acteurs et techniciens (c'est leur boulot), pour se concentrer sur l'essentiel, à savoir surveiller la bonne marche des opérations. Surveiller, ce n'est pas donné à tout le monde. Surveiller sans punir, c'est encore plus dur.

Questerbert connaît le cinéma. De Luc Moullet, l'un des derniers maîtres du classicisme frontal, au côté duquel elle faisait la femme dans le sublime Anatomie d'un rapport, le seul documentaire sexuel de l'histoire du cinéma, elle a retenu la leçon. La leçon de Moullet, c'est celle de Mizoguchi, à savoir comment faire plus avec moins. Moins il y en a, plus c'est beau ­- à condition que ce moins soit beau, évidemment. Faire du beau avec pas grand-chose, c'est la leçon de Murnau, de Rohmer, la leçon de Jean-Luc Azoulay dans Hélène et les garçons. Oui, oui, on l'a déjà dit. Ce n'est pas parce qu'on l'a déjà dit, qu'il ne faut pas le répéter. Quand les spectateurs sont des ânes, faut bien ânonner. En ces temps d'overdose Dolby et de technicité entropique, seul le minimalisme sentimental a une âme. La Chambre obscure est un très beau film d'époque. Les beaux films en costumes, c'est plus rare encore que les beaux films tout court. Depuis le Fantôme de Longstaff, le chef-d'oeuvre de Luc Moullet (Henry James revisité en une quinzaine de minutes mizoguchiennes), on n'avait pas vu ça. Moullet, toujours Moullet. Il joue dans la cour des grands, celui-là. Questerbert aussi. Dès les premières secondes de la Chambre obscure, on sait qu'elle travaille au pays de Moullet, le pays du cinéma. Sur un arbre généalogique peint, une jolie fille s'anime pour réciter l'aventure qui va suivre. C'est Aliénor d'Aquitaine. C'est Caroline Ducey. Dans la neutralité étouffée de sa diction, le cinéma ressuscite. Elle ne parle pas comme Laetitia Casta, c'est dire. Ne pas parler comme Laetitia Casta, c'est ce qu'on appelle le cinéma.

SKORECKI Louis

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