quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

La Comédie de Dieu

LOUIS SKORECKI 24 FÉVRIER 1997 À 17:06

Canal +. 22h15.

Dès le premier plan fixe (une comète accompagnée par un merveilleux chant de Monteverdi), on est sous le charme. Pendant deux heures quarante-trois, l'histoire insensée de Jean de Dieu, marchand de glaces et mystique de la propreté intégrale, nous entraîne dans son sillage. Joao César Monteiro, interprète et réalisateur de la Comédie de Dieu (1995), retrouve ici le personnage tordu qu'il s'était inventé pour le magnifique Souvenirs de la maison jaune, six ans plus tôt. Avec sa silhouette légèrement voûtée, sa belle maigreur ascétique, son visage à la Nosferatu, Monteiro promène ses obsessions singulières d'adorateur déviant pour une succession de splendides cérémonies profanes. Avec un art oublié du découpage, il passe d'un plan séquence virtuose, dans lequel des jeunes filles entrent et sortent du champ sous son regard absent, à des intrusions documentaires sur l'étal d'un boucher. Dans ce conte initiatique qui parle aussi bien du secret des glaces que des poils pubiens que Jean de Dieu collectionne avec amour, l'érotisme joue un rôle moteur. Si Monteiro louchait du côté de Céline dans Souvenirs de la maison jaune, où il jouait un «vicelard doucereux qui fait ses crasses en douce, à la jésuite» (Bernard Corteggiani, Libération, 1/3/1991), il se situe ici dans la droite ligne de Klossowski et de Balthus. Du premier, il retrouve l'amour des croyances hérétiques et des délires théologiques, mélange raffiné de christianisme aberrant et de sexualité voyeuse. Au second, il emprunte un amour immodéré des corps de jeunes filles, qu'il effleure de ses doigts légers dans un ballet mimé en musique.

Ecrivain, critique de cinéma enflammé, Monteiro n'est pourtant pas un réalisateur intellectuel. A l'image de John Ford, il réalise des westerns en chambre, sensuellement parcourus de métaphores très simples. Même si sa paranoïa l'entraîne du côté des théologiens-clochards et des raisonneurs extravagants, son art du cocasse s'adresse au premier spectateur venu, même s'il est seul, même si c'est le dernier.

Louis SKORECKI

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