segunda-feira, 14 de setembro de 2015

La Comtesse de Hong-kong. Ciné Cinéma, 10 h 30.

LOUIS SKORECKI 17 JUIN 1998 À 03:47

Film insituable, extraordinairement complexe, sublimement décevant, réalisé in extremis par un Charlot vieillissant, la Comtesse de Hong-kong est un régal, même en VF comme aujourd'hui. Dix ans après l'un de ses trois plus beaux films, le très mélancolique Roi à New York, Charlie Chaplin se lance dans cette curieuse Comtesse, projet improbable qui sera aussi son dernier film. Confiant à deux stars mondiales, Sophia Loren et Marlon Brando, la tâche d'incarner deux personnages de comédie légère et sophistiquée, il renouvelle, quarante ans après, l'opération A Woman of Paris, à savoir un film dont il n'est pas la vedette. En vérité, cette Comtesse est une vieille idée inaboutie qui surgit comme un remords dans la vieillesse solitaire de Chaplin. Désuète histoire d'amour, exotique comme un haut-le-coeur, violente comme un mal de tête, littéralement invendable et vermillon, surgie comme par mégarde entre un diplomate américain et une aristocrate russe qui veut en faire son protecteur. Une croisière de luxe sert de décor à la passion décalée de ces deux personnages à peine esquissés, tout droit sortis d'un Garbo historique ou d'une romance princière.

Chaplin eut l'idée de ce scénario lors d'un voyage à Shangai, quand il rencontra des aristocrates russes qui avaient tout perdu, déchéance qui dut lui paraître plus photogénique qu'une autre. Le noeud de ce film aux gags épurés et aux sentiments démodés, c'est Chaplin lui-même qui le dénoue dans son interprétation charmante d'un garçon de cabine maladroit. Il y met une sorte d'ardeur saoule qui rappelle la prestation pathétique d'un autre géant du muet, Buster Keaton, dans les Feux de la rampe, où il éclipsait presque Charlie Chaplin. On comprend, dans ces brefs moments où un vieux monsieur blanchi fait quelques acrobaties minimales devant sa propre caméra, à quel point la gymnastique quotidienne du muet devait lui manquer. Un homme amer et secret signe ici son oeuvre la plus inaboutie, sans livrer aucun de ses secrets de fabrication.

SKORECKI Louis

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