quarta-feira, 2 de setembro de 2015

La Femme modèle. Cinétoile, 21 heures.

23/11/1998 à 14h13

SKORECKI Louis

En 1957, on voit le cinéma rétrécir à vue d'oeil avec un bonheur évident. Un grand maître comme Minnelli, très à l'aise dans les fresques les plus sophistiquées, se met à simplifier ses dispositifs, à gommer, à styliser. L'étrange modernité de sa Femme modèle vient en partie de cette raréfaction des effets, qui contraste avec l'atroce briandepalmisation des esprits dans le cinéma contemporain, une manière d'hitchcockisation maniériste des intrigues, des décors, des thèmes, à la grande satisfaction d'un public en mal d'auteurs. Un auteur, pourtant, ça devrait commencer à se savoir, retranche plus qu'il n'additionne. Minnelli, qui fut autrefois un petit maître, grandit à vue d'oeil d'être comparé malgré lui à des Cassavetes, des Demy, des Pialat, des Truffaut, des Woo, des Hou, des De Palma, des Tarantino, des Ferrara, des Scorsese, des Eastwood, des Woody Allen, des frères Coen, arrêtons là pour le moment, autant de faussaires au charme plus ou moins daté, plus ou moins entêtant, pratiquant l'overdose d'effets comme effet de signature. Rien de tel chez Minnelli, un cinéaste qui a toujours eu l'intelligence d'employer des acteurs limités pour que la tentation illusoire et entropique de l'illimité, précisément, ne le gagne pas. Chez lui, des John Kerr, des Cyd Charisse, des Kirk Douglas accèdent au statut-culte d'interprètes de rêve grâce à une espèce de médiocrité transcendée, un stock de grimaces divines ou de mollesse quasi miraculeuse.

Dans la Femme modèle, histoire d'amour inconséquente entre un chroniqueur sportif et une dessinatrice de mode, les voix superbes de Gregory Peck et de Lauren Bacall servent à masquer les excès mobydesques de l'un et les oeillades hawksiennes de l'autre. Dans cette comédie joliment stylisée, que le Metrocolor et le Cinémascope d'un grand dwanien, John Alton, transfigurent en véritable western social, les origines de classe des deux protagonistes se lisent d'une manière presque marxiste, à l'occasion d'une soirée où se croisent leurs invités respectifs. Le monde est une scène, la scène est un monde, on n'en sort décidément jamais.

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