segunda-feira, 7 de setembro de 2015

La Fièvre dans le sang

LOUIS SKORECKI 7 SEPTEMBRE 2004 À 02:01

TCM, 20 h 45

Le plus beau Kazan n'existe pas. A l'est d'Eden est trop maniéré, America, America trop noir et blanc. Reste deux films jumeaux, mis en boîte à quelques mois d'intervalle, entre lesquels il est très difficile de choisir, le Fleuve sauvage (daté 1960) et la Fièvre dans le sang (1961). Impossible de les aimer l'un sans l'autre. Ils ne formeraient qu'un seul film (ce qui est bien sûr impossible) que ce serait à l'évidence un chef-d'oeuvre. Le romantisme de l'un, les élans brisés de l'autre, comment choisir ? Le classicisme déviant du premier, le baroque préclassique du second, ces films font regretter (jusque dans l'impossibilité même de leur emboîtement) que le système hollywoodien soit parti sans laisser d'adresse. Pas de mot dans la boîte à lettres, pas de formule magique, rien.

Qu'est-ce qui leur a pris ? Quand on a inventé un jouet d'usine aussi beau, pourquoi le jeter à la poubelle comme une poupée cassée ? La réponse est peut-être dans les marges de ces deux films, dans la présence presque indifférente de l'actrice Barbara Loden, la femme de Kazan, qui attendra dix ans (et la fin de ce cinéma-là) pour jeter à la figure du spectateur son Wanda décalé, dans la droite ligne du cinéma individualiste et baroque de Paul Newman. Rappeler qu'entre Rachel, Rachel (1968) et Shadow Box (1980), l'acteur Newman inventa le seul cinéma singulier d'après Rio Bravo. Cassavetes avait évidemment pavé le chemin, mais il revenait au seul Paul Newman (le dernier auteur américain contemporain) de s'y coller. Faire exploser la névrose et l'hystérie de l'Actor's Studio, en se reposant sur les épaules de Warren Beatty, Natalie Wood, Barbara Loden, quoi de plus beau ? Ecouter encore une fois Lourcelles raconter comment la méthode de Lee Strasberg triomphe et meurt dans la Fièvre dans le sang, c'est ce qu'il y a de plus beau, non ?

SKORECKI Louis

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