segunda-feira, 14 de setembro de 2015

La Fille à la valise (3)

CINECINEMA CLASSIC, 14 h 30.

par Louis SKORECKI

J'étais de plus en plus envoûté par la mièvrerie alanguie de la Fille à la valise. M'avait-on jeté un sort ? J'étais tantôt Jacques Perrin, ses cheveux légers d'un blond vénitien m'allaient si bien, l'instant d'après, je sentais pointer sous mon chemisier les petits seins de Claudia Cardinale. Lui, elle, qui étais-je ? Je ne savais pas encore que la sentimentalité de Zurlini y était pour beaucoup. Dire qu'il y va de l'intime chez lui n'est pas suffisant. Il y va de l'intime en tant que c'est juste une chanson, douce ou triste c'est selon. En trois films seulement, Eté violent (1959), la Fille à la valise (1961), Journal intime (1962), cet ancien juriste s'est transformé en papillon d'amour, en crooner pour midinettes. Quelques mois plus tard, Jacques Rozier prend le relais avec les plus belles séquences d'Adieu Philippine, à deux pas de la mer, sur des musiques sucrées et des paroles italiennes.

Quelle est la formule secrète de ce cinéma adolescent ? D'être adolescent précisément, et rien d'autre. Pas besoin d'épaisseur à qui sait aimer et souffrir à fleur de peau. La formule se survit à elle-même, elle est source de jeunesse éternelle, de beauté blonde, de petits seins, de rires cristallins, de larmes sans fin, de jouissances éperdues dans des torrents d'amour. Comment résister à la niaiserie sublime de la vie ? La formule secrète de ce cinéma à fleur de peau, c'est 35/23/20, les âges respectifs de Valerio Zurlini, Claudia Cardinale, et Jacques Perrin, au moment du film. Il a 20 ans, elle en a 23. Il est frêle, timide, blond. Elle est nettement plus brune, plus femme, plus rieuse. Le dernier des trois, le plus grand, c'est le régisseur. Il a 35 ans. Un adulte, un enfant. Il rêve à eux. Il rêve qu'il est eux. Il est elle, il est lui. Il se regarde dans la glace en train de se déguiser en fille, en train de redevenir ragazzo. Cinéma travesti, cinéma enchanté, à deux doigts de Demy, qui reprendra Perrin six ans plus tard dans les Demoiselles de Rochefort.

Nenhum comentário:

Arquivo do blog