segunda-feira, 14 de setembro de 2015

La Fille à la valise

Cinécinéma Classic, 20 h 45

par Louis SKORECKI

Quand j'avais 16 ans, je dessinais toujours le même adolescent. Il me ressemblait comme un frère, un frère inconnu, caché. C'était moi et pas moi, ce drôle d'animal asexué, presque transgenre, et toujours si attirant. Je rêvais et je craignais de devenir cet être trouble, troublant. Dans la vraie vie, je ressemblais plus à un jeune rabbin imberbe, mais sous mon crayon je devenais Jacques Perrin. Je l'aimais, je l'enviais, c'était mon idée de moi, mon idéal du moi. Je me prenais pour Jacques Perrin. Blond, fluet, gracieux, le contraire du petit juif potelé et bouclé que j'étais, plus bouclé et plus brun que la glaise qui l'avait fait. J'ai perdu avec le temps cet étrange don transformiste. J'ai même fini par coïncider avec moi-même.

Je crois que c'est la Fille à la valise qui m'avait mis dans cet état-là. Le film était aussi séduisant que le joli jeune homme qui l'habitait comme un Golem, qui m'habitait comme un dibbouk. C'est sûr, j'étais possédé par Jacques Perrin. Il faisait de moi ce qu'il voulait. Le régisseur du film, Valerio Zurlini, n'avait pas grand-chose à voir avec le pouvoir d'envoûtement de son oeuvre, aussi envoûtante qu'une berceuse de Chet Baker ou un slow rock du jeune Presley. Quand j'étais jeune homme, les films n'étaient pas accompagnés. Personne ne les tenait par la main, même pour leur présenter un amoureux. Ils devaient se débrouiller tout seuls, même les plus effarouchés, les plus timides, et ce film-là rougissait à vue d'oeil quand on lui présentait une fille. La fille, c'était toujours Claudia Cardinale. Cardinale, comme Bardot, c'est l'éclat de la fillette qui s'imagine jeune fille en rêvant tout haut, en rêvant trop fort. Ces roses-là vieillissent mal, elles fanent vite. J'aimais tellement le joli visage de Cardinale que les visages que je dessinais ont fini par lui ressembler. Je tremblais, je ne savais plus où j'étais. Qu'est-ce que j'allais devenir ?

(A suivre)

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