quarta-feira, 2 de setembro de 2015

La Liste de Schindler. TF1, 20h55.

LOUIS SKORECKI 5 JUIN 1999 À 23:23

Grâce à ce film, des millions de spectateurs ont pris conscience qu'une politique d'extermination à l'échelle industrielle avait entraîné la mort de 6 millions de personnes en Europe. Grâce à ce film, et aux substantiels bénéfices qu'il a permis, Steven Spielberg a pu mettre sur pied un ambitieux programme d'archives autour des survivants de la Shoah et de la mémoire juive. Et on ferait la fine bouche? C'est que le problème de la Liste de Schindler n'est pas une question de fins mais de moyens.

On ne va pas reprocher à Spielberg d'avoir «fictionnalisé» le génocide des juifs d'Europe: un film comme Train de vie (1998) montre bien, même s'il est loin d'être parfait, qu'il est possible de réaliser une fiction digne autour de la Shoah. Mais il y a la manière de le faire. Or Spielberg filme les déportés juifs traqués par les nazis comme il filmait les nageuses attaquées par le requin dans les Dents de la mer ou les enfants pourchassés par les dinosaures dans Jurassic Park: avec les effets propres au cinéma de divertissement. C'est ainsi que, sous la caméra de Spielberg, la Shoah devient un spectacle. Et, comme tout spectacle produit par Hollywood, il est soumis au principe d'efficacité maximale: quiconque regarde la Liste de Schindler doit être terrifié puis ému aux larmes. Une scène du film pousse cette logique jusqu'à la nausée. A peine arrivées à Auschwitz, des déportées sont déshabillées et enfermées dans une pièce sans aération. Une chambre à gaz, pense-t-on. Les femmes crient de terreur, et la scène dure, dure, dure" jusqu'à la «délivrance»: ce n'est pas une chambre à gaz, mais une douche. Cette scène, véritable climax du film, est aussi impressionnante que scandaleuse: Spielberg a-t-il oublié que personne n'était sorti vivant des chambres à gaz? Même si le spectaculaire est ici au service d'une bonne cause, il y a des limites: créer du suspense et de la surenchère dramatique autour d'une tragédie de l'ampleur de la Shoah en est une.

SKORECKI Louis

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