segunda-feira, 7 de setembro de 2015

La Malibran. Ciné Classics, 20h30.

LOUIS SKORECKI 5 OCTOBRE 1999 À 01:03

Le cinéma français doit la vie à trois beaux parleurs, Abel Gance, Marcel Pagnol, Sacha Guitry. Ces trois hommes-là, qui ont adoré le muet, ont inventé le parlant. Guitry, surtout, a su très vite que sans le théâtre, sans la théâtralité, le cinéma ne serait que du naturalisme bon marché. Dans la Malibran, film sublimement mineur de Guitry habité par la voix de la cantatrice Géory Boué, par son corps étrange, sa maladresse sans filet (elle chante en direct, Guitry ne voulait surtout pas de play-back), un admirateur éperdu kidnappe une chanteuse pour qu'elle ne chante que pour lui. A une époque, la nôtre, où les Voyages du jeune Finkiel font l'unanimité larmoyante (chez Guitry, quand un acteur français singe l'accent anglais, il n'en cache pas pour autant l'artifice), qui comprend encore cela?

Guitry sait élaborer à chaque film au moins deux ou trois images. Dans la Malibran, au hasard de cette biographie rugueusement pathétique, comme un couteau au travers de la gorge, c'est d'un cri qu'il s'agit, une agonie en forme de récital ultime qui résonne sur tout ce qu'on vient de voir, remettant en question l'existence même des plans, des cadrages, des séquences. Les bavardages qu'on a souvent reprochés à Guitry sont l'essence même de son cinéma, ce qui empêche les images de devenir des icônes. Le cinéma parle, on le savait encore en 1943, les images suivent comme elles peuvent, certaines d'entre elles en devenant parfois, à force d'entêtement, des images. Difficile, n'est-ce pas? Les Dardenne, avec Rosetta plus encore qu'avec la Promesse, se contentent génialement de mettre au point une seule image. En ces temps de disette, c'est plus sage. Modestie, patience, travail. Un assassin, une moucharde. Un tueur, une tueuse, le retour de Mouchette déguisée en militante ouvrière sous un nom de code, Rosetta. On verra au fil des jours comment Carax (demain), Godard (jeudi), Veysset (vendredi) n'y réussissent pas parce qu'ils ne savent pas, qu'ils ne savent plus. A trop vouloir montrer, souvent, on ne montre plus rien. On ne choisit plus, on ne sait plus. Qui ne sait plus? Patience.

SKORECKI Louis

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