quinta-feira, 10 de setembro de 2015

La Moindre des choses, Canal +, 23h25.

Par Louis SKORECKI — 13 avril 1998 à 00:59

Quel rapport entre les fous de Nicolas Philibert, les voitures de Jacques Tati, les costumes d'Orson Welles, les poses de John Huston, les mimiques de Sacha Guitry? En tout, cinq films à la thématique commune pour une semaine qui sera ici consacrée au corps et à ses déguisements. La Moindre des choses, on s'en souvient peut-être, est un voyage extraordinaire au pays des fous, là où les frontières sont les plus indécises, les plus floues. D'ordinaire, pour s'attirer les faveurs du public, les cinéastes choisissent de l'effrayer et de le rassurer dans un seul et même mouvement. C'est que le quidam n'aime rien tant que les clichés quand il s'agit des fous. Hirsute, hagard, dangereux, le fou effraye et séduit. Plus il effraye, plus il séduit. Nicolas Philibert, lui, n'étiquette pas ses fous. Il fait même mieux. A La Borde, la clinique fondée par Oury et Guattari, il choisit de suivre un groupe de fous et d'infirmiers qui répètent une pièce musicale de Gombrowicz, Opérette, sans songer un instant à filmer différemment les soignés et les soignants. Il en résulte une étonnante confusion des sentiments, un alignement hétérogène des émois, une mémoire immédiate de ce qui résiste à la normalisation des images, à des années-lumière de l'abjection de Vol au-dessus d'un nid de coucou et autres reportages complaisants au pays des aliénés.

Un dernier mot. On raconte ici et là que la Moindre des choses est un documentaire. N'en croyez rien. C'est une répétition d'acteurs filmée par Ingmar Bergman, un ballet perdu de Vincente Minnelli, un mélodrame inachevé de Douglas Sirk, une épure. On s'y murmure les plus belles histoires d'amour, celles que les non dupes n'entendront jamais. Loin du maniérisme ambiant qui triomphe à Hollywood et à Paris, il est question ici de mise en scène et de cinéma. Les amateurs de John Ford apprécieront. Les fans de Tarantino seront en manque. Les films qui divisent ont de l'avenir. Au royaume des fous, ceux qui chantent faux font les plus beaux crooners.

Louis SKORECKI

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