quinta-feira, 10 de setembro de 2015

La Mouche noire

LOUIS SKORECKI 7 OCTOBRE 2005 À 04:00

CINECINEMA CLASSIC, 22 H 15.

Jacques n'a toujours pas donné signe de vie. Caroline ne sait pas où il est. Dommage, se dit-on, en faisant la queue sur les Grands Boulevards pour voir un beau Kurt Neumann, The Fly. C'est moins bien, la Mouche noire comme titre, dit Caroline. M'en fous, je réponds, l'important c'est le film, il vaut cent fois le remake de Cronenberg. Qu'est-ce qu'en aurait dit Jacques ? demande Caroline. Je ne réponds pas. J'essaye de l'imaginer, il arrive, il est là. Drôle de film, aurait-il dit avec la vivacité qui est la sienne, c'est un ovni, comme une série B qui aurait coûté très cher. Pas vraiment une série B, alors ? lui aurais-je demandé. Il m'aurait répondu que je disais moins d'âneries que d'habitude. J'étais là, en train de rêver à mes dialogues avec Jacques, quand une voix familière m'a fait redescendre sur terre. La Mouche noire, disait la voix, c'est l'histoire d'un homme décomposé, un homme fragmentaire. C'était monsieur Bruno, on ne l'avait pas vu arriver.

C'est joliment dit, dit Caroline à monsieur Bruno. Il rougit légèrement, tout en continuant son explication de texte. Il essaye de nous convaincre que la peur vient de ce qu'il s'agit d'une horreur familière, domestique, ordinaire. Caroline et moi, on admire l'exercice de style. Ligne claire, je pense. Drôle de type, quand même, il est presque aussi bon que Jacques, se dit Caroline, alors qu'il a trente ans de moins. D'où tient-il ses idées ? Le film est sublime, ajoute-t-il, il est dans la lignée de l'Homme qui rétrécit et des autres grands films minimaux de Jack Arnold. Caroline et moi, on reste bouche bée. Pourquoi le Kurt Neumann est-il tellement mieux que le Cronenberg ? je lui demande. Une simple question de dates, dit-il négligemment. On lève les yeux vers lui. C'est la différence entre 1958 (Neumann) et 1986 (Cronenberg) qui fait la différence, c'est tout. On reste bouche bée.

(A suivre)

SKORECKI Louis

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