segunda-feira, 14 de setembro de 2015

La Peau douce

LOUIS SKORECKI 1 MARS 2002 À 22:27

Arte, à 0 h 05.

Qu'est-ce que les femmes attendent des hommes, un coup de couteau dans le dos ou une caresse dans le cou? Et les hommes? Qu'est-ce qui les rend mous, qu'est-ce qui les rend durs, quand ils pensent à une femme? Ses vices ou ses vertus? Ses airs de sainte ou ses manières de salope? Ces questions sont aussi vieilles que le monde et le cinéma ­ le meilleur (Toni ou la Bête humaine) comme le pire (la Maman et la putain) ­ s'y est essayé depuis longtemps. C'est un sujet attendu, glissant, tordu, sur lequel on ne cesse de trébucher. François Truffaut en savait quelque chose, lui qui a commis les pires clichés, les pires enjolivures de séducteur et de cinéaste pressé dans la plupart de ses films. Des Doinel dégoulinants de complaisance narcissique ­- de vrais autoportraits de jeunes filles en Barbie -­ aux atrocités pseudorenoiriennes de la Nuit américaine ou du Dernier Métro. C'est un peu moins mauvais dans les Deux Anglaises et le continent ou l'Homme qui aimait les femmes, mais ça ne vole pas haut. Il me les faut toutes, comme ça, je suis sûr que, dans le lot, il y aura celle qui était faite pour moi. Et les femmes, au fait, qu'est-ce qu'elles attendent dans les films de Truffaut? Elles n'attendent rien. Ce sont des potiches à la disposition des fantasmes de ceux qui les séduisent à l'emporte-pièce, sans y réfléchir à deux fois.

Cette brutalité du séducteur ordinaire, cette manière de poignarder le corps de son amoureuse sans ménagement, c'est le sujet réel mais contourné, détourné, de presque tous les films de Truffaut. Une fois, une seule, il en a fait le sujet frontal d'un film. C'est le plus beau, c'est la Peau douce. Lâcheté, veulerie, on est dans un univers glauque et théâtral de boulevard hitchcockien (le rythme, le suspense, la musique), avec des personnages bien décidés à ne pas se faire de cadeau. Il veut quoi, le gros Desailly? Elle veut quoi, la petite Dorléac? Autant Léaud, dans ses multiples apparitions suaves et sautillantes, est un portrait idéalisé de Truffaut, autant Desailly est une caricature terrifiée, chargée de peur, de honte, d'angoisse. C'est simple, il doit payer. Il doit payer pour les crimes des autres, racheter la violence impunie des héros truffaldiens ordinaires. Et elle? Gentille? Méchante? Fragile? Inconsciente? Calculatrice? Au spectateur de choisir. L'amour, dans les grands films, c'est quand tu veux, où tu veux. Les motivations des personnages, et même leurs sentiments, tu vois, ce sont les tiens.

SKORECKI Louis

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