segunda-feira, 14 de setembro de 2015

La Tête d'un homme (2)

30 AOÛT 2006 À 23:05

LOUIS SKORECKI

Les films sont faits pour être vus et oubliés. Ne pas oublier qu'en 1932, l'année des deux premiers Maigret, celui de Renoir (la Nuit du carrefour) et celui de Julien Duvivier (la Tête d'un homme), Simenon venait juste de les publier. Qui va faire Maigret ? se demande Duvivier. Pourquoi pas Harry Baur, ce Raimu noir, démesuré, tragique ? Renoir préfère donner le rôle à son frère, Pierre. Pierre Renoir invente un Maigret malin, bucolique, léger. Harry Baur est plus sombre, plus massif, plus inquiétant. On va les voir en vitesse, entre deux trains. Fais attention, ne prends pas froid, on dit qu'il va neiger.

Ne pas oublier que Renoir et Duvivier, c'est pareil. Vous ne me croyez pas. Vous vous dites qu'un artisan et un artiste ce n'est pas pareil. Qui vous a dit de penser comme ça ? Les gens bien ? Les dictionnaires ? Vous avez oublié qu'en 1932, le cinéma se consommait entre deux trains, entre un vin chaud et un Viandox bouillant. Salé, sucré, on ne faisait pas la différence. On ne faisait pas le malin. On ne savait même pas ce qu'était un paradoxe. C'est quoi un paradoxe, monsieur ? Que le plus beau Renoir (la Nuit du carrefour) soit moins beau, moins intense qu'un vague Duvivier de série (la Tête d'un homme). Tout change alors, monsieur ? Oui, petit. Pourquoi ? C'est le cinéma. Le cinéma ? Il rétrécit, petit. Et le monde, monsieur ? Pareil.

SKORECKI Louis

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