segunda-feira, 7 de setembro de 2015

L'Anglaise et le duc

LOUIS SKORECKI 28 OCTOBRE 2002 À 01:33

Canal +, 2 heures.

Malgré quelques réserves attendues sur le conservatisme d'Eric Rohmer (après cinquante ans de carrière, on devrait commencer à savoir que c'est un homme de droite), une drôle d'unanimité a accueilli l'Anglaise et le duc à sa sortie l'an dernier. Comme si incrustation et vidéo ne souffraient pas la moindre critique. A tout point de vue, pourtant, ce film est une régression. Par rapport aux techniques éprouvées des trucages hollywoodiens, décors ou transparences, maquettes et toiles peintes, cette manière de remake asexué d'Un Américain à Paris sous la Révolution française n'apporte aucun supplément de réel ­ ni même d'imaginaire. Par rapport au travail radical de Rohmer sur la représentation du passé, surtout dans Perceval, le Gallois (son plus beau film), l'Anglaise et le duc est aussi un pas en arrière. C'est une manière de film muet avec intertitres, ralenti à l'extrême, extrêmement bavard, dans la lignée Rossellini (la Prise de pouvoir par Louis XIV, le dernier film en costumes qui ne soit ni une supercherie ni un film de travelos), mais surtout dans la lignée Renoir, le maître avéré de Rohmer. Pas le Renoir du Carrosse d'or, film mineur mais charmant, ni même le Renoir d'Elena et les hommes, film encore plus mineur (au regard d'Anna Magnani et d'Ingrid Bergman, l'Anglaise et le duc de Rohmer, c'est Mme Agnès sous la Révolution produit par Canal +), mais plutôt le Renoir muet de Nana, film littéralement invisible aujourd'hui, et encore plus l'insupportable Petit Théâtre de Jean Renoir, bluette d'un cinéaste vieillissant revenu s'encanailler dans les bordels de sa jeunesse.

On raille le comique involontaire du Napoléon de Clavier, mais Jean-Claude Dreyfus est tout aussi ridicule dans son rôle d'aristocrate surgelé. Et si la vidéo, au fond, ne servait à rien ? Depuis l'invention du numérique, les voyantes de la cinéphilie ne cessent d'affirmer que plus rien ne sera comme avant. Ce n'est pas l'onanisme d'Epinal du Paris révolutionnaire de Rohmer qui convaincra les sceptiques. Alain Cavalier, quand il numérise ses fantasmes, fait au moins ça discrètement.

SKORECKI Louis

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