quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

L'annonce faite à Marie. Arte, 0 h 15.

LOUIS SKORECKI 14 OCTOBRE 1996 À 23:04

En 1991, après des années de familiarité théâtrale avec l'oeuvre de Paul Claudel, Alain Cuny accepte enfin d'adapter au cinéma l'Annonce faite à Marie. Ce sera son seul et unique film, un météore, une apparition. A situer davantage du côté lentement désossé de Robert Bresson et de Jean-Marie Straub que du côté des théâtreux en tous genres. Dans une pénombre étincelante, les costumes dessinés par Tal Coat deviennent autant de personnages muets du drame qui se joue.

On ne sait pas si les voix en viennent à ressembler à celles de Cuny ou s'il double plusieurs personnages. Il apparaît, majestueux, funèbre, blanchi. Violaine a une coiffe qui dissimule presque ses yeux. Pierre dit: «Le poison était en moi.»

Au moment de la sortie, Cuny parle à Libération de sa fréquentation des peintres: «Je ne circulais pas dans le milieu des acteurs. Alors que j'étais avide d'aller passer les vacances chez Balthus. Les peintres m'ont énormément aidé. Et sûrement l'intention picturale que j'ai dans le film est entièrement formée par des gens comme Balthus, Masson. Plusieurs fois il m'est arrivé qu'une de leurs paroles me donne un coup dans l'estomac, terrible. Je me souviens de Balthus, rue de Bourgogne, où j'habitais à cette époque-là. Il devait faire beau, j'ai ouvert une porte-fenêtre qui donnait sur un balcon. J'avais oublié que là se trouvait un plat en porcelaine, le vent y avait apporté un journal que la pluie, le froid avaient tordu, couvert de poussière, de petites feuilles. Je ramasse ce plat et je m'apprête à jeter ça dans une corbeille à papier. Balthus me dit: "N'y touchez pas, c'est merveilleux, c'est admirable." L'univers s'est éclairci pour moi: un coup de projecteur sur la beauté.»

On pourrait dire que l'Annonce faite à Marie est constituée de coups de projecteurs sur la beauté. Un baiser en clair-obscur entre Violaine et Pierre. Un plan volé à un autre film où un insecte décore un fruit. Des bribes de paroles susurrées: «Apporte mes souliers. Apporte mon manteau.» Rien que miracles profanes. Rien qu'un film habité.

SKORECKI Louis

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