quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Laura. Arte, 22 h 25.

Par Louis SKORECKI — 15 février 1999 à 23:45

D'Otto Preminger nous vient un cinéma de l'emphase et de l'amour, à la fois cynique et sentimental, criard et largement sous-exposé, consacré le plus souvent aux rituels d'une société en représentation, en décomposition. Le Cardinal, son chef-d'oeuvre tardif, ne parle que de ça. Tempête à Washington aussi. Autopsie d'un meurtre, son plus beau film, qu'on verra sur cette même chaîne lundi prochain, n'en fait pas non plus l'économie. Et Laura? Ici, le film lui-même se décompose, explose. Comme dans les Trente-Neuf Marches, l'un des sommets d'Hitchcock dans l'art de séduire et de décevoir, l'héroïne n'apparaît que tardivement, à mi-film. Deux histoires d'amour éblouissantes, qui viennent trop tard, qui se bouclent en quelques secondes, hors mélodrame, hors réalisme, dans une overdose inattendue de poésie. Mathématique de la séduction, illogisme du récit, frénésie du désir. Comme dit l'autre, il s'agit ici de «la différence entre l'amour». Belle formule, heureusement incompréhensible, puisqu'il s'agit précisément de «cela». Gene Tierney, on s'en souvient, n'existe que dans l'imaginaire du flic Dana Andrews: une femme sublime, une belle au bois dormant. Morte, morte, morte. Les vrais cinéphiles verront bien que sur cette femme, sur cette image, Dana n'hésite pas à se branler comme un malade. Ce sont des choses qui se font. Après tout, on prend son plaisir où on peut, même avec une icône, même avec un cadavre. Quand Laura reviendra à la vie, à mi-film, avec quel corps exactement ce curieux flic fera-t-il l'amour? A nous d'imaginer. A nous de faire avec.

En attendant, le hasard fait bien les choses. Cinétoile programme demain (21 h 25) le film sur lequel se calque littéralement Laura, ces Trente-Neuf Marches éblouissantes de lumière noire et d'érotisme malade. Nos petits bricolages amoureux se poursuivront donc avec cette leçon hitchcockienne de séduction perverse. Hitchcock se fait violence avec un masochisme délicieux, là où Preminger choisit le rêve lubrique et le surréalisme sauvage. On se fait plaisir comme on peut quand on naît cinéaste.

Louis SKORECKI

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