quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Laura. Ciné Cinéfil, 13h00.

Par Louis SKORECKI — 10 juin 1997 à 03:53

Otto Preminger a fait de la transparence et de l'idéalisation son thème privilégié. C'est pourquoi Laura lui ressemble tant. Il y trouve à la fois le scénario qui lui correspond le mieux et la seule actrice qui pouvait l'incarner avec une telle perfection. Nous sommes en 1944, et Preminger navigue dans le show-business international depuis plus de quinze ans. Après avoir appris l'art du théâtre classique avec Max Reinhardt, il est acteur et metteur en scène à Zurich, à Prague et à Vienne. Il arrive aux Etats-Unis en 1935 et ne cessera, pendant plusieurs années, de se partager entre les scènes de Broadway et les plateaux de Hollywood. Maniaque de la perfection, il devient vite son propre producteur et s'invente un petit monde magique, à mi-chemin du conte de fées et du mélodrame cruel, dans lequel il naviguera avec génie pendant près de vingt ans, précisément jusqu'en 1963 avec le Cardinal.

L'année précédente, il avait retrouvé une Gene Tierney ridée mais attachante dans Tempête à Washington, peut-être son film le plus achevé avec le miraculeux Autopsie d'un meurtre. En attendant, il inaugure avec elle cette sublime trilogie qui navigue entre cauchemar et polar et qui se poursuivra avec Mark Dixon, détective et Whirlpool. Ce qui attire d'emblée Preminger dans Laura, c'est sans doute cette énigme d'une femme rêvée qui revient, comme par miracle, au beau milieu d'une enquête qu'on croyait partie sur d'autres rails. A part Gene Tierney, on voit mal qui, à Hollywood, aurait pu donner une telle évanescence à ce personnage littéralement surréaliste, que l'amour fou d'un homme fait revenir du pays des ombres.

Même si Laura n'est pas, à proprement parler, le premier vrai chef-d'oeuvre de Preminger (Under Your Spell et Danger: Love at Work sont, sept ans plus tôt, deux films parfaits dans la grande tradition lubitschienne), c'est sa première tentative pour s'aventurer hardiment dans l'exploration de l'imaginaire d'une femme, avec un acharnement délicat qui fait de lui l'un des trois ou quatre plus grands stylistes hollywoodiens.

Louis SKORECKI

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