quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Laura

LOUIS SKORECKI 1 JUILLET 2002 À 00:15

Paris Première, 21 heures.

Laura, Lolita, quelques syllabes gourmandes qui appellent les jeux du désir et de la passion. Lolita, une fillette qui mâche son chewing-gum sans cesser de fixer avidement un homme qui pourrait être son père. Il meurt d'amour pour elle, sous elle, sur elle, comme on voudra. L'imagination du lecteur ou du spectateur fait le reste. C'est aussi l'imagination qui fait Laura, qui l'invente. Le film invente littéralement son propre déroulement, il fait de la rêverie son moteur. Ne pas avoir vu Laura est une chance rare, une chance insensée. Ne rien savoir de ce film somptueux par lequel Otto Preminger naît au cinéma, c'est être vierge de cinéma. On dira juste que c'est le portrait d'une fille qui vit dans l'imagination d'un homme au point de s'incarner. Pas mystique, la fille, attention. Adolescente, plutôt. Laura est l'un des plus beaux films immatures de l'histoire du cinéma, un hymne à la branlette lycéenne. C'est l'histoire d'un flic (Dana Andrews, imperturbable sous son imperméable) qu'une enquête met en présence d'un mystérieux portrait de femme, une femme dont il ne tarde pas à tomber amoureux. Belle comme le jour, distante comme un coucher de soleil. Gene Tierney en un mot.

Dana Andrews tombe amoureux du portrait de Gene Tierney, il n'en dort plus, il s'endort à ses côtés, il la caresse dans ses rêves. Un jeune cinéaste d'aujourd'hui le montrerait fouillant dans sa braguette en regardant la belle du coin de l'oeil. Ce qui est beau, avec les codes de censure hollywoodiens, c'est qu'ils suscitent des détournements imaginaires invraisemblables, des raccourcis fulgurants, des fictions masturbatoires inédites. Qui ne voit pas que le sommeil du flic, un sommeil lourd et rêveur, fait revenir le tableau à la vie, la fille à la vie ? Qui ne voit pas que ce sommeil-là, ces rêves-là sont des rêves mouillés ? Ce n'est pas de la côte du premier couillon venu que les formes de la fille prennent forme. Elle naît de lui, c'est lui qui la met au monde. Il la fait naître en jouissant, cette fille aussi distante et froide qu'il est chaud. Le reste est une simple question d'éclairage, de stylisation, d'imagination. Une question d'équilibre entre le noir et le blanc, quelque part entre les lèvres et les pommettes. Allez y voir, juste pour voir. Vous n'en reviendrez pas.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog