quarta-feira, 2 de setembro de 2015

L'Aventure de madame Muir

LOUIS SKORECKI 31 OCTOBRE 2005 À 04:18

Cinécinéma classic, 22 h 25.

La vie imite le cinéma, avait dit Jacques, évoquant la mort de monsieur Bruno. Caroline et moi on s'était regardés silencieusement, cherchant dans nos yeux respectifs une raison de ne pas pleurer. Rien, il n'y avait rien. Dans ces cas-là, cons qu'on est, on parle de cinéma. Pas pour oublier, juste pour parler. Pourquoi pas Mankiewicz ?, je dis. Oui, répond Caroline en battant des mains, parlons de Mankiewicz et de Gene Tierney. Quel Mankiewicz avec Gene Tierney tu préfères, l'Aventure de madame Muir ou Dragonwyck ? Sans hésitation, c'est Madame Muir, répond-elle avec une ferveur à la limite de l'hystérie. L'amour pour un fantôme (surtout si c'est Rex Harrison qui fait le fantôme), je prends tout de suite.

Deux mois plus tard, on en est encore à parler de Madame Muir quand une voix nous appelle de l'autre côté de la rue. C'est Michel, un Russe blanc de grande descendance, un peu ahuri, un peu Tati, plus pâle que d'habitude, plus décoiffé aussi. Qu'est-ce que tu as, Michel ?, lui demande Caroline, tu es blanc comme la mort. Il cherche ses mots, bafouille, se passe la main dans les cheveux, pâlit encore plus. Ça ne va pas ?, insiste Caroline, tu veux une aspirine ? Du baume du Tigre plutôt, demande Michel.

Vingt minutes plus tard, au café, il reprend des couleurs. Vous savez quoi ?, dit-il enfin, monsieur Bruno est revenu. Ressuscité ?, demande Caroline. Non, il fait fantôme pour madame Muir, je dis. Madame Muir, c'est qui ?, lance Caroline qui se prend au jeu plus vite que son ombre. C'est toi, bien sûr, je lui dis. Elle rougit. Non, finit-elle par dire dans un soupir, je suis Anna Muir, celle qui a vu le fantôme quand elle était toute petite. Je m'appelle Natalie Wood, j'aime le fantôme en secret. C'est toi, Natalie Wood ?, je demande dans un soupir. On a oublié ce que Michel était venu nous dire.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog