quarta-feira, 2 de setembro de 2015

L'Aventure de Mme Muir. Ciné Cinéfil, 20h30.

LOUIS SKORECKI 10 DÉCEMBRE 1997 À 15:30

Comment réaliser un film parfait? S'embarquer pour Hollywood sans oublier ses racines européennes, apprendre sur le tas l'art de faire rimer les dialogues, côtoyer l'un des derniers princes de la sophistication, aussi à l'aise au muet qu'au parlant (Ernst Lubitsch), produire deux ou trois films pour s'initier au business ­ et avoir du génie. ça, c'est tout Mankiewicz. Ce Sacha Guitry californien, méchanceté et misogynie comprises, savait très bien faire chanter ses actrices. Plus musical que l'Aventure de Mme Muir, il n'y a pas. Sans le recours d'une seule chanson, on y fredonne ses répliques comme au bon vieux temps du music-hall. Portée par les deux voix symphoniques de Gene Tierney et de Rex Harrison, la partition de ce mélodrame rêveur s'envole dans le hors-champ de son débit bizarre. Faut-il vraiment rappeler l'histoire, cette romance impossible, hors sexe, entre une jeune veuve (Gene Tierney) et le fantôme d'un marin irascible (Rex Harrison)? La jeune femme écrira, sous la dictée de l'ectoplasme du capitaine, des mémoires virils et nerveux. Elle s'éprendra, vite fait, d'un écrivain de best-sellers enfantins (George Sanders), la réalité venant rapidement mettre un terme à cette idylle trop charnelle. Au fond, l'héroïne secrète de cette histoire d'amour impossible est la petite Anna Muir, jouée gaminement par une invraisemblablement jeune Natalie Wood. Elle dira à l'heure du dénouement la vérité vraie de ce conte de fées contemporain, à savoir que le fantôme avait bel et bien existé. Quand un cinéaste place ainsi sa mise en scène au diapason du rêve et de l'enchantement, on s'attend quand même à ce que le réel, au bout du compte, montre son nez. Pas du tout: Mankiewicz est à la fois un maniériste et un onirique, deux qualités qu'il partage avec le maître du genre, Michael Powell, comme son condisciple en rimes rieu-ses, Vincente Minnelli. Tout, ici, se joue à portée de lèvres, au moment où les mots se forment et où les sentiments se solidifient, sur la scène imaginaire des désirs enfantins.

SKORECKI Louis

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