segunda-feira, 14 de setembro de 2015

""Le thé au harem d'Archimède"" de Mehdi Charef. Ciné Cinéma II, 12h15.

LOUIS SKORECKI 6 JUILLET 1998 À 07:17

Cinéaste attachant, un rien surdoué, un rien sauvage, Mehdi Charef adapte ici, pour son premier film, son roman homonyme, le Thé au harem d'Archimède. On sait dès les premières secondes, côté émotion, que c'est gagné. Parce que les HLM de nuit ne sont pas filmés folklo ou misérables. Parce que la femme, qui traîne gentiment son gamin par la main va lui murmurer à l'oreille (sur quelques notes un peu mièvres au synthé): «Tu n'enlèves pas tes moufles tout seul?», et que cette question à peine audible, c'est la douce et résignée Laure Dutilheul (Josette) qui la susurre. Parce que le gamin, à peine sorti de l'ascenseur, va jaillir comme un beau diable en jouant de son quignon de pain comme d'une mitraillette (ta-ra-ta-ta-ta-ta). Parce que la dame qui le garde, c'est une mamma algérienne, jouée avec une chaleur si plaintive (par Saïda Bekkouche) qu'on ne demande qu'à en pleurer. Parce que les sentiments ici en jeu (solitude, besoin d'amour) sont d'emblée décrits pour ce qu'ils sont: sentimentaux. On n'en est pourtant qu'au prégénérique, le film lui-même déroule lentement, juste après, sa dose d'histoires nostalgiques et criardes. Histoire banale de loubards, dans la meilleure tradition française de l'avant Nouvelle Vague, disons Renoir et Duvivier. Et aussi le pari, totalement réussi, d'un film qui en treize ans n'a pas pris une ride. Histoires d'amour ethniques, mélangées, autour de deux petits voyous, un Français (Rémi Martin) et un beur (Kader Boukhanef). Sans oublier le personnage pathétique du père, légume vivant qu'on traîne du café à la maison, personnage sans regard, nourri comme un bébé: là, on n'est pas loin du génie visionnaire de Dodescaden (Brahim Ghenaiem est hallucinant). Produit par Michèle Ray Gavras, reine des affections métisses, Mehdi Charef poursuit depuis treize ans, comme Tony Gatlif, également insituable, également surdoué de la zone algérienne errante, ses films de gitan encore arabe. Pour combien de temps?

SKORECKI Louis

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