quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Le Baiser du tueur. Arte, 22.25.

13/01/1997 à 16h07

SKORECKI Louis

Ce film rarement montré à la télévision est en 1955 le second long métrage de Stanley Kubrick. C'est, surtout, sa première oeuvre «officielle», Kubrick ayant fait disparaître de la circulation Fear and Desire, réalisé deux ans plus tôt. On connaît encore moins ses courts métrages (1950-51), qui doivent, à ce qu'on en devine à travers Killers's Kiss (le Baiser du tueur) être quasiment expérimentaux. Déjà légèrement halluciné, le futur réalisateur de Shining et d'Orange mécanique, s'essaye ici à un curieux mélange de film noir et de documentaire dans les rues vides d'un New York onirique qui annonce déjà celui de Jean-Pierre Melville (Deux Hommes dans Manhattan, 1959) ainsi que le Paris de Godard (A bout de souffle, 1959 aussi). Ancêtre oublié de la Nouvelle Vague française, ce film raconte une histoire de boxeur amoureux qui évoque à la fois le couple Belmondo-Seberg et le Bob de Niro du Raging Bull (1979 ) de Scorsese, lequel a, manifestement, pillé le Baiser du tueur qu'il devait connaître par coeur. Filmé en plans serrés et en mini-séquences essoufflées par Kubrick lui-même, à la fois chef opérateur de son film, scénariste, dialoguiste, monteur, producteur, Killer's Kiss se révèle peu à peu comme une première version de l'Ultime Razzia (The Killing), réalisé l'année suivante.

Kubrick est à ce moment un mélange étrange d'Huston malin et d'expérimentateur hardi, signant avec ce film une audacieuse mouture de thriller onirique et d'action movie à la Samuel Fuller. Tout se passe dans une chambre et une ruelle, ce minimalisme inédit se mélangeant avec bonheur au casting presque amateur (Frank Silvera, Irene Kane, Jamie Smith) et à un montage nerveux. Anticipant sur Andy Warhol («tout le monde aura bientôt une minute de célébrité» ), Kubrick donne à ses trois interprètes la chance de leur vie. Ils sont d'une fraîcheur étonnante et ont le dernier mot dans ce mélo optimiste , qui révise ainsi le pessimisme un peu facile du modèle hustonien.

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