quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Le Carrosse d'or. Cinétoile, 11 h 35.

LOUIS SKORECKI 11 NOVEMBRE 1998 À 16:24

Danseur mondain, ours adorable, Jean Renoir s'imaginait volontiers en chef d'orchestre, comme sa sombre performance rieuse dans la Règle du jeu le laissait supposer. François Truffaut aussi, qui avait bêtement appelé sa société de production les Films du Carrosse, sans réaliser que le Carrosse d'or annonçait majestueusement, dès 1953, l'arrivée toute proche de ce qu'il faudra bien un jour appeler le post-cinéma (Truffaut n'a jamais réalisé, en fait, que deux films de cinéma, la Peau douce et les Deux Anglaises et le continent). Après le Fleuve, monument un rien guindé de cinéma filmé, le champ s'ouvre pour Renoir aux chichis les plus modernes: le théâtre, la musique, la télévision. Bientôt, le gros Hitchcock, l'autre maître du médiocre Truffaut, s'inventera sur petit écran des postures de maîtrise ébouriffante, devenant auteur-producteur-présentateur de quelques miniatures minimales en noir et blanc encore largement sous-estimées aujourd'hui (il n'y a guère que le malin Chabrol à avoir suivi la filière).

Théâtre et musique, donc. «Le vice-roi! Le vice-roi!», hurlent des gamins énervés devant des toiles peintes qui posent ici, pour une fois, comme toiles peintes. Le carrosse est affreux, Magnani est déjà vieille, tous les acteurs sont atrocement laids et mal grimés. D'où vient alors que cet hommage appuyé à la commedia dell'arte soit d'une telle jeunesse, plus mozartienne que vivaldienne, d'ailleurs? Bavardages, bavardages. On est déjà ici dans les recettes de cuisine en direct, le soap opera mexicain, l'hystérie théâtreuse. Après avoir en Inde filmé le cinéma, Renoir tente de filmer le théâtre. Pourquoi pas? Pourquoi pas cette laborieuse dissertation sur la supériorité de l'art sur la vie, sur la vanité de l'amour, transcendée par une pure énergie langagière, une overdose de couleurs, un sens presque musical de la représentation? Musique du mensonge, aux couleurs de l'émoi, appelant de toutes ses forces à un rape tissement de l'écran. Ici, une poupée dit non, non, non, sur un écran qui ressemble furieusement à un écran de télévision.

SKORECKI Louis

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