quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Le Carrosse d'or

5 OCTOBRE 2006 À 23:34

LOUIS SKORECKI

Entre ce film et moi, il y a toujours eu une sorte de distance, un mélange de doute et de froideur. Il faut dire que le côté Comedia dell'Arte de Renoir, je n'y ai jamais cru. J'y ai cru, mais je n'ai pas marché. Ça ne m'a jamais mouillé les yeux. Même dans la Règle du jeu, ce ballet entre maîtres et serviteurs d'une virtuosité époustouflante, mêlée d'amateurisme new age, il y a un manque de sincérité qui rôde. Il rôde tellement qu'à force, le film rouille sur place. C'est pire pour le Carrosse d'or. On dirait un film d'automates sans automate. Du Bruno Schulz sans ses juifs. Il me met mal à l'aise, ce film. J'ai parlé à voix haute sans m'en rendre compte. Tu l'as déjà dit, me dit le film. Je sais, je lui dis, c'est pareil avec Renoir.

Renoir quoi ? demande le film. Il me met mal à l'aise avec ses joues potelées et son pantalon de lin grossièrement noué par une corde. Le film pâlit. Il n'aime pas du tout ça, le film. Renoir, c'est le patron, dit-il, qui es-tu petit con pour te moquer de lui ? Je baisse la tête. Renoir, c'est le cinéma, et basta, crie le film. Je dis que je suis d'accord, mais le film est toujours en colère. Il me dit que sans Renoir, il n'y aurait pas de cinéma français. Je baisse la tête. Jean Renoir est mieux que ça, je dis, il a de belles manières. Tu me fais plaisir, dit le film, les yeux mouillés. Tu pleures ? je lui dis. Il serre la corde qui retient son pantalon et me fait un petit signe d'en haut. On va se revoir, caporal, je dis. Je le regarde du coin de l'oeil. Il pleure encore.

(A suivre)

SKORECKI Louis

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