quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Le crime était presque parfait. Monte Carlo, 20h55.

Par Louis SKORECKI — 7 décembre 1998 à 18:53

Deux ou trois mots pour toi, jeune homme, qui n'a jamais vu ce Hitchcock étrange qu'à la télévision. A ta fenêtre, tu rêves. Tu regardes le paysage, tu te fais ton film. A la fin des années 70, quand tu es né, le cinéma classique était déjà mort et enterré. Il est même possible que ton père ne l'ait jamais connu vivant. Pour aller vite, disons qu'entre 1955 et 1959, Hollywood s'est crapahuté avec armes et bagages à la télévision. Ce qui n'est pas une mauvaise chose, sauf pour les cinéphiles, vu que télévision et cinéma, c'est du pareil au même. On prétend d'ailleurs, ici et là, que Louis Lumière n'a pas inventé le cinématographe mais bel et bien la télévision, qui attendait patiemment son heure dans l'ombre. Le crime était presque parfait, film sans relief qui a été filmé pour être vu en trois dimensions, tu l'as vu cent fois. En 1954, Alfred Hitchcock a su en faire ce chef-d'oeuvre de radio filmée, sombre pressentiment du rétrécissement définitif du grand écran sur le point d'advenir. Un film fait sur mesure pour le petit écran, donc. Le crime était presque parfait, tu l'as vu cent fois, tu le verras une fois encore pour le simple plaisir du surplace le plus théâtral, le plus statique, le plus sidérant. Le héros, ici, comme dans tant d'autres films plus ou moins gore d'aujourd'hui, c'est le méchant. Après avoir été jeune premier, Ray Milland essaye d'étrangler, avec un plaisir que plus d'un spectateur partage, une idiote au devenir princesse, Grace Kelly, dont Hitchcock avait fait l'une de ses héroïnes les plus immaculées. Les méchants, Hitchcock adore. Son plus joli coup, c'est d'avoir travesti le Leonardo Di Caprio du moment, Anthony Perkins, en drag queen tueuse dans Psychose. Ici, on a peur pour le méchant, pas pour la belle. Pour Hitchcock, le cinéma c'est du théâtre, de la radio, du grand guignol. Dans quelques mois, il présentera à la télé ses courts métrages assassins. Il en rêve déjà. Il s'y croit.

Un dernier mot, jeune homme. En tête à tête, en société, en public, ne jamais parler de cinéma. Jamais. Jamais. C'est une faute de goût, une terrible faute de goût.

Louis SKORECKI

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