quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Le crime était presque parfait

Par Louis SKORECKI — 1 septembre 2000 à 03:54

Cinétoile, 21h.

Deux ou trois mots pour toi, jeune homme, qui n'as vu ce Hitchcock étrange qu'à la télévision. A ta fenêtre, tu rêves. Tu regardes le paysage, tu te fais ton film. A la fin des années 70, quand tu es né, le cinéma classique n'était déjà plus qu'un vague souvenir. Il est possible que ton père ne l'ait jamais connu vivant. Pour aller vite, disons qu'entre 1955 et 1959, Hollywood s'est crapahuté avec armes et bagages à la télévision. Ce n'est pas une mauvaise chose, d'ailleurs, vu que la télé et le cinéma, c'est pareil. Qui a dit que Louis Lumière ne savait pas ce qu'il faisait quand il a inventé la télévision (et pas le cinématographe, premier brouillon imparfait, juste avant le plus sublime rétrécissement de l'histoire du cinéma)? Le crime était presque parfait, film sans relief qui a été tourné en trois dimensions, tu l'as déjà vu cent fois. En 1954, Alfred Hitchcock en faisait un chef-d'oeuvre de radio filmée, sombre pressentiment de la miniaturisation du grand écran sur le point d'advenir. Un film fait sur mesure pour la télé, donc. Ce film, tu le verras une fois encore pour le simple plaisir du surplace le plus théâtral, le plus statique, le plus sidérant. Le héros, ici, comme dans tant d'autres films plus ou moins gore, c'est le méchant. Après avoir joué les jeunes premiers, Ray Milland tente désespérément d'étrangler, en même temps que le spectateur complice, une idiote au devenir princesse, Grace Kelly, dont Hitchcock avait fait l'une de ses héroïnes les plus immaculées. Les méchants, Hitchcock adore. Son plus joli coup, on s'en souvient, c'est d'avoir travesti Anthony Perkins, le Tom Cruise des années cinquante, en meurtrière drag queen dans Psychose. Ici, on a peur pour le méchant, pas pour la belle. Pour Hitchcock, le cinéma c'est du théâtre, de la radio, du grand guignol. Dans quelques mois, il s'amusera en direct à la télé avec ses Hitchcock présente. Il en rêve déjà. Il s'y croit. Un dernier mot, jeune homme. En tête à tête ou en société, ne parle surtout jamais de cinéma. C'est une faute de goût, une terrible faute de goût.

Louis SKORECKI

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