quinta-feira, 10 de setembro de 2015

Le crime était presque parfait

Par Louis SKORECKI — 5 septembre 2001 à 00:43

Ciné cinémas 3, 23 h.

Deux ou trois mots pour toi, jeune homme, qui découvre Hitchcock à la télévision. A ta fenêtre, tu rêves. Tu regardes la pluie qui tombe, tu te fais ton film. A la fin des années 70, quand tu es né, le cinéma classique n'était plus qu'un vague souvenir. Il est même possible que ton père ne l'ait jamais connu. Pour aller vite, disons qu'entre 1955 et 1960, Hollywood s'est crapahuté avec armes et bagages à la télévision. Ce n'est pas une mauvaise chose. On sait maintenant que télévision et cinéma, c'est pareil. Lumière a inventé la télévision, pas le cinéma, premier brouillon imparfait avant le plus sublime rétrécissement du vingtième siècle. Le Crime était presque parfait, film sans relief tourné en trois dimensions, tu l'as vu cent fois. En 1954, Hitchcock en faisait un chef-d'oeuvre de radio filmée, génial pressentiment de la miniaturisation sur le point d'advenir.

Ce film, tu le verras encore une fois, pour le plaisir du surplace le plus théâtral, le plus statique, le plus sidérant. Le héros, ici, c'est évidemment le méchant. Après avoir été jeune premier pour De Mille et Fritz Lang, Ray Milland tente d'étrangler une idiote au devenir princesse, Grace Kelly, dont Hitchcock avait fait l'une de ses héroïnes immaculées. Les méchants, Hitchcock adore. Son plus joli coup, on s'en souvient, c'est d'avoir travesti Anthony Perkins, le Brad Pitt des années cinquante, en drag queen dans Psychose. Pour Hitchcock, le cinéma c'est du théâtre, de la radio, du Grand Guignol, tout sauf du «cinéma» comme on l'entend aujourd'hui. Dans quelques semaines, il s'amusera en direct de l'effet de ses blagues macabres sur les téléspectateurs américains avec ses Hitchcock présente. Il en rêve déjà. Il s'y croit. On le sent à chaque plan, dans les grimaces de Ray Milland, ces rictus assassins qui ne feraient pas peur à une mouche. Les mouches t'embêtent, jeune homme, tu attends la fin de la mousson d'été sans trop y croire. Certaines saisons ne finissent jamais. Ce n'est pas une raison pour perdre ton temps à parler de cinéma. Avec tes copains, avec ta petite amie, souviens-toi, tu ferais mieux de t'abstenir. Parler de cinéma, c'est une faute de goût, une terrible de faute de goût.

Louis SKORECKI

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