quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain

LOUIS SKORECKI 4 SEPTEMBRE 2002 À 00:51

Et si c'était un bon film ? Et si le populisme du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain n'était qu'un fantasme de bobo de gauche qui biberonne douillettement à l'hystérie ? On s'est étonné ici d'autres diatribes, au fond aussi terroristes, concernant la soi-disant impossibilité de produire la moindre fiction ayant un quelconque rapport avec l'Holocauste ­ un mot qu'on préfère à «Shoah», terme à l'ambiguïté poético-biblique qu'on laisse volontiers à ces imprécateurs au petit pied. La prétendue irreprésentabilité de l'extermination des juifs d'Europe a provoqué, au moment de la sortie du Spielberg (la Liste de Schindler) et du Benigni (La vie est belle), les discours les plus plats et les plus dénués d'imagination, à propos d'un génocide si barbare qu'il ne relève plus, qu'on le veuille ou non, que de la pure rêverie, de la pure imagination. Dans un genre mineur, qui touche à une autre sorte de poésie ­ pas de l'ordre de l'indicible, plutôt du mélo et du théâtre de boulevard ­, on déplorera que ce soient les mêmes crétins qui se saoulent à longueur d'épisodes du dadaïsme provincial d'Ally McBeal, qui refusent de reconnaître la moindre pertinence poétique à Amélie Poulain ­ et qui refusent de s'y reconnaître, alors qu'ils y sont, évidemment.

Amélie Poulain, c'est l'Ally McBeal de Montmartre. Même impertinence rieuse, même second degré truqueur, avec les commentaires à même l'écran en guise de truquages distants. Même sensualité des voix (Dussollier en irrésistible meneur de jeu ici, la voix menue et aigrelette d'Ally là-bas), même utilisation commerciale et distanciée des musiques (soul mièvre là-bas, accords rétros de Yann Tiersen ici), même sens du rebondissement charmant. Ici, c'est ailleurs, on devrait commencer à le savoir. New York (ou plutôt Boston), c'est Montmartre, et inversement. Même exotisme, même sens du tourisme, mêmes Pakis, mêmes ateliers d'artistes branchés.

Pour rester au rayon branché, l'ex-émission littéraire plutôt réussie de Beigbeder sur Paris Première, Des livres et moi, n'utilisait-elle pas précisément le même procédé de commentaires griffonnés à même l'écran (comme un remords rigolo) qu'Amélie Poulain ? Ici et ailleurs, c'est pareil, non ?

SKORECKI Louis

Canal +, 21 heures.

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