segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Le Golem

LOUIS SKORECKI 28 FÉVRIER 2002 À 22:26

Arte, à 23 h 55.

Les juifs sont-ils faits pour rire ou pleurer? On les dit mélancoliques, on dit qu'ils pleurent tout le temps. Si on regarde du côté de la religion, pourtant, celle des disciples du Baal Schem Tov, celle des grands délirants orthodoxes du XVIIIe siècle, le pire péché, pour un juif, c'est justement la tristesse. Savoir que certains grands maîtres du hassidisme ont sombré corps et âme dans la mélancolie la plus noire n'y change rien. Dieu n'aime pas la tristesse. ça le met en colère, ça le rend triste que les juifs, ses juifs, soient tristes. C'est le pire des défauts, la pire des maladies. On ne doit jamais s'y abandonner. S'y abandonner, c'est perdre confiance en Dieu. Le juif doit croire et danser, il doit être vertueux et chanter.

Le Golem (1920) est la manifestation muette d'un fantasme allemand autour du supposé pouvoir cabalistique des juifs. Avant de devenir nazi décoré, l'acteur-réalisateur Paul Wegener en a d'ailleurs fait trois versions. Est-il vrai, se demandaient les Allemands jusqu'à l'obsession, que les juifs fabriquent dans l'ombre des ombres d'Adam, des monstres de Frankenstein, des golems ? Le Dibbouk (Waszynski, 1938) part lui aussi d'un épisode cabalistique, mais la question qu'il pose est autrement importante : les juifs sont-ils faits pour rire ou pleurer ? Un juif est incomplet avant d'être marié. Le mariage est une obligation, une règle, une fête. Dans le Dibbouk, quelque chose déraille dans l'ordre des priorités. Le scénario juif idéal, croire en Dieu, chanter, danser, tourne court. Il tourne court parce que le mariage, la fête et la joie du mariage, sont corrompus et gâchés par l'irruption d'une figure démoniaque. Un jeune amoureux, éconduit par le père de sa fiancée, délaisse le Talmud pour la Cabale. Il fait un pacte avec Satan, meurt et ressuscite sous forme de dibbouk, un esprit errant, qui squatte aussitôt le corps de sa bien-aimée. Elle est possédée. Les chants et les danses de joie laissent place aux musiques de tristesse et de damnation. Waszynski, ancien assistant de Murnau, imagine un naturalisme fébrile et sautillant pour évoquer les shtetl, ces villages juifs qui vont bientôt disparaître de Pologne, les petites gens, les superstitions, les rires, les larmes.

La chaîne franco-allemande a-t-elle eu raison de programmer le Golem, cet étalage encore muet des fantasmes expressionnistes prénazis? A quand un cycle sur le merveilleux cinéma yiddish des années 30, bricolé entre New York (Edgar Ulmer) et Varsovie (Waszynski)? A quand le Dibbouk sur Arte ?

SKORECKI Louis

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