segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Le massacre de Fort Apache. Ciné Classics, 22 h 15.

LOUIS SKORECKI 19 NOVEMBRE 1999 À 01:28

Deux ans avant un chef-d'oeuvre d'une inquiétante douceur, Wagon Master (dès lundi sur Ciné Classics), John Ford signe en 1948 le premier volet patriote de sa trilogie sur la cavalerie américaine, le Massacre de Fort Apache, qui se poursuivra avec deux films de la même ampleur, She Wore a Yellow Ribbon (1949) et Rio Grande (1950). Sur un scénario de Frank S. Nugent, capable d'écrire cinq ans plus tard un mélodrame affreusement noir comme Un si doux visage (Robert Mitchum/Otto Preminger), Ford improvise un film merveilleusement ambigu, inspiré des outrances légendaires du général Custer. En choisissant de donner le rôle principal à Henry Fonda, un acteur que le public américain adore, il fait d'emblée de ce personnage tyrannique, implacable, ambitieux, une sorte d'antihéros avant l'heure. Fasciné par l'ordre fortement hiérarchisé de la vie militaire, Ford sait en même temps en suggérer les failles. On suit avec effarement la folie suicidaire avec laquelle Fonda mène ses hommes vers la mort, mais John Wayne, qui joue son double «libéral», ne contredira pas les journalistes prompts à faire les louanges de ce militaire qu'il n'a cessé de critiquer. Treize ans plus tard, dans l'Homme qui tua Liberty Valance, Ford enfoncera le clou: «Quand les faits se sont transformés en légende, publiez la légende». Dans ce sens, et dans ce sens seulement, Ford est très conservateur. Il témoigne d'ailleurs d'une vision très progressiste du Peau-Rouge, bien moins caricatural que dans les autres westerns de l'époque.

Et les Power Rangers dans tout ça? Qu'est-ce que ces cinq ou six champions de la lutte adolescente contre les monstres à l'intentions des karaté kids du monde entier ont à voir avec Ford? Tout, évidemment. Toute l'imagerie guerrière des jeux vidéo et des sous-produits télé, dont on se demande décidément en fonction de quels critères nous continuons à les appeler sous-produits, descendent en droite ligne des petits soldats de Ford ou de Griffith. Ils parlent peu. Ils serrent les dents. Ils ne se plaignent. Ils ont de la discipline. Ils se battent bien.

SKORECKI Louis

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