segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Le Massacre de Fort Apache

LOUIS SKORECKI 13 JUIN 1997 À 03:43

Ciné Cinéfil, 20 h 30.

Deux ans avant son chef-d'oeuvre fragile et méconnu, Wagon Master, John Ford signe en 1948 le premier volet patriote et bien enlevé de sa trilogie sur la cavalerie américaine, le Massacre de Fort Apache, qui se poursuivra avec deux films de même ampleur, She Wore a Yellow Ribbon (1949) et Rio Grande (1950). Sur un scénario de Frank S. Nugent, aussi bien capable d'écrire cinq ans plus tard un mélodrame noir comme Un si doux visage qu'on a pu revoir lundi dans un bel hommage à Robert Mitchum que Patrick Brion a judicieusement programmé sur F 3, Ford improvise un film merveilleusement ambigu, inspiré des outrances légendaires du général Custer. En choisissant de donner le rôle principal à Henry Fonda, un acteur que le public américain adore, il fait d'emblée de ce personnage tyrannique, implacable, ambitieux, une sorte d'antihéros avant l'heure. Fasciné par l'ordre fortement hiérarchisé de la vie militaire, Ford sait en même temps exposer ses limites, envisager ses failles. On suit avec effarement la manière suicidaire avec laquelle Fonda mène ses hommes vers la mort, mais John Wayne, qui joue son double «libéral», ne contredira pas les journalistes prompts à faire les louanges de ce militaire qu'il n'a cessé de critiquer. S'il s'attache peu au seul personnage féminin important du film (Shirley Temple, enfin adolescente), Ford témoigne d'une vision très progressiste du «peau rouge», caricatural dans les westerns de cette époque.

Au fond, le génie de Ford vient de sa simplicité, une manière de minimalisme hérité du cinéma muet de Griffith, qu'il est le seul à prolonger dans l'ère du parlant avec Raoul Walsh et Allan Dwan. De ces trois mousquetaires, difficile de dire lequel est le plus grand. Dwan réconcilie avec génie les petits sujets et les petits moyens, Walsh louche résolument du côté de Shakespeare. Quant à Ford, il serait plutôt un Cervantes qui aurait lu l'Iliade et l'Odyssée, occupé tout entier à raconter la saga si colorée des passeurs de flambeaux.

SKORECKI Louis

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