quarta-feira, 2 de setembro de 2015

Le Secret de Veronika Voss

LOUIS SKORECKI 4 DÉCEMBRE 2000 À 07:30

Arte, 20h45.

La mort. Drôle de truc, la mort. Ceux qui la craignent sont souvent rassurés à son approche. Ah bon, ce n'était que ça ? Fassbinder n'a que quelques mois à vivre quand il tourne le Secret de Veronika Voss. A supposer qu'il le sache, il n'est pas du genre à se prendre la tête avec ça. Nous, on y pense. On ne devrait pas mais c'est comme ça, on ne se refait pas. Ce film-là,Veronika Voss, c'est un film noir. Noir comme la nuit, bavard comme un mélo muet, glauque comme une tasse de flocons d'avoine dans un vieux thriller anglais d'Alfred Hitchcock, aussi imprévu que la morsure du vent un soir où il n'y en a pas.

Tiens, se dira-t-on, le chroniqueur remet ça. Il nous refait le coup de la poésie, du journal intime. La faute à l'infirmière, évidemment, cette infirmière de cinéma qui fait des piqûres comme on n'en fait jamais dans les films, comme si c'était vrai. On tombe dans un sommeil lourd, un sommeil sans rêves. Sans rêves, pas de cinéma. C'est quoi, alors, Veronika Voss? Quelque chose comme l'autobiographie décalée de Fassbinder, filmée par un assistant distrait d'Andy Warhol.

Un Fassbinder réincarné en actrice ruinée des années 40, les années UFA. Fascisme noir et blanc, ringardise assumée des toilettes équivoques. Comme si les pires feuilletons sentimentaux, les vagues souvenirs Cinémascope de Douglas Sirk, les trottoirs sales de Sunset Boulevard, rejoignaient en silence le hors-champ des camps de concentration, élixir de jeunesse et savants fous compris dans le menu. Rosel Zech, qui joue l'actrice Veronika Voss, sort de nulle part. Elle s'apprête à y retourner. C'est le fantôme d'un fantôme, l'ombre d'une ombre, une voilette sur des yeux sans visage. Comment regretter un film qui n'a pas lieu, un film qui n'arrête pas de tourner la tête dans une autre direction, qui ne fait que passer? Au fait, à quoi se shootait l'ami Fassbinder? A la morphine, comme Veronika ? Au schnaps comme papa ?

Pas au cinéma, en tout cas. Mythologies convenues, décors creux. Juste le temps de filmer Querelle et on s'éclipse. Comme si le cinéma n'avait jamais

SKORECKI Louis

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