segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Le Tombeur de ces dames. Cinétoile, 21 heures.

11/03/1998 à 22h40

SKORECKI Louis

Jerry Lewis est-il un simple pitre ou un grand cinéaste, curieusement inactif depuis sa performance étonnante dans King of Comedy, l'un des trois seuls bons films de Martin Scorsese? A l'évidence, comme le prouvera à ceux qui en doutent la vision étonnée de l'un de ses chefs-d'oeuvre, The Ladies Man (le Tombeur de ces dames), le pitre est un maître. Le délire, ici, consiste à plonger un grand garçon traumatisé par les femmes dans un univers où elles règnent en surnombre. Esclave de ces demoiselles, Jerry n'aura de cesse de démolir le décor qui les abrite, un décor ouvert où sa caméra virevolte avec la grâce des grands burlesques. Derrière les portes interdites rôdent les grands fauves et les orchestres de jazz immaculés, soumis aux désordres immuables du gag. Portrait de l'artiste en sale gosse surréaliste, le Tombeur de ces dames prouve que, dès son second film en tant que cinéaste, l'ancien souffre-douleur de Dean Martin savait danser, se laissant aller au passage à un tango travesti avec le plus gracieux des gangsters d'amour, le beau George Raft.

Les plus grands acteurs américains, on ne doit pas l'oublier, sont aussi en Amérique les plus grands des cinéastes modernes. De Charles Laughton à Robert Redford, en passant par le très méconnu Paul Newman, ils sont nombreux à suivre les traces du grand ancêtre Orson Welles, lequel avait déjà suivi l'exemple de Buster Keaton et surtout de Charlie Chaplin. Et même si le cinéma d'acteur produit aussi de petits maîtres, leurs films fourmillent toujours d'idées, répétitives et insistantes, qui les aident à se constituer un public fidèle. Jerry Lewis, lui, lorgnerait plutôt du côté des deux génies immatures du cinéma muet, Harry Langdon et Stan Laurel, les seuls à avoir eu la délicatesse de ne pas signer leurs films. Lewis, lui, appose sa signature d'un rire rageur. Regardez bien ses mains: les ongles sont délicieusement laqués et une montre de dame orne délicatement son poignet. Même les femmes du monde sont quelquefois de grands cinéastes.

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