segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Le Tombeur de ces dames. Cinétoile, 21h05.

24/03/2000 à 23h19

SKORECKI Louis

Etre Jerry Lewis n'est pas facile tous les jours. C'est plus glorieux qu'être Michel Leeb mais ce n'est pas foncièrement différent. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si ce crétin hexagonal au sourire désespérément convivial commença comme imitateur de Jerry Lewis plutôt que comme disciple de Fernandel, un rôle auquel sa superbe dentition le prédestinait pourtant. Etre Jerry Lewis fatigue, c'est évident. Devenu acteur à mi-temps (Scorsese, Kusturica, Philippe Clair), le vieux pitre de près de 75 ans doit se demander tous les matins pourquoi il n'a plus de groupies. Pendant des années, il ne se passait pas un mois sans qu'un sosie ne se promène à ses côtés, un admirateur éperdu à qui il distribuait des cadeaux d'encouragement. On l'a oublié mais Robert Benayoun (France) et Peter Bogdanovitch (USA) passèrent par exemple des saisons entières à jouer les caniches auprès de leur idole qui les couvrait de bijoux en échange d'éloges. Des photos doivent circuler, pas si clandestines que ça, prouvant à l'évidence qu'il était particulièrement rentable d'essayer de ressembler à Jerry Lewis ­ et pas si difficile que ça d'y réussir. L'ambiguïté sexuelle du personnage pourrait en revanche faire passer le mimétisme de ses admirateurs pour des manières de drag queens. Il suffit, au détour d'un plan rapproché, de regarder les montres de fille sur les poignets poilus du docteur Jerry et ses ongles soigneusement laqués pour se convaincre qu'il était Mr Love plus souvent qu'à son tour.

Dans le Tombeur de ces dames, le pitre est un maître. Le délire, ici, consiste à plonger un grand garçon traumatisé par les femmes dans un univers où elles règnent en surnombre. Esclave de ces demoiselles, Jerry n'aura de cesse de démolir le décor qui les abrite, un décor ouvert à tous vents où sa caméra virevolte avec la grâce des grands burlesques. Derrière les portes interdites rôdent les grands fauves et les orchestres de jazz immaculés, soumis aux désordres immuables du gag. Lewis lorgne du côté des deux génies immatures du cinéma muet, Harry Langdon et Stan Laurel, les seuls à avoir eu la délicatesse de ne pas signer leurs films.

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