segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Le Vieux Fusil

LOUIS SKORECKI 19 MARS 2001 À 00:05

France 3, 20 h 55.

On était moins mous en 1975. La preuve, Sur le vieux fusil, un petit texte signé Jean-Pierre Oudart, d'une intelligence rageuse, paru cette année-là dans le numéro 260-261 des Cahiers du cinéma, numéro austère entièrement consacré à un film qui ne l'est pas moins, Moïse et Aaron (qui oserait produire, qui pourrait produire un tel chef-d'oeuvre de radicalité lyrique aujourd'hui? Même les Straub ne peuvent plus). Sur le Vieux Fusil, Oudart est superbe. Même mort, on a du mal à pardonner à Robert Enrico, serviteur académique du pire cinéma français, les indécences obscènes du Vieux Fusil.

JPO: «Il y a deux manières de tenir un discours également abject sur la dernière guerre, sur le nazisme et Vichy. Celui de Malle (Lacombe Lucien) nous montrant un loubard séduit par le prestige de l'uniforme, et se payant une tranche de romantisme dans lequel le spectateur doit être entraîné... et celle de Robert Enrico essayant de faire prendre plaisir à une chasse à l'homme qui dure trois quarts d'heure.»

On se demande où est le mal. Philippe Noiret tue des Allemands, pourquoi pas?

JPO: «Il s'agit des ennemis de l'extérieur, des éternels boches, pas des miliciens qu'on a vus au début du film et vite oubliés.» On pourrait arrêter là. Non. «Sur le Vieux Fusil, on dira avec raison qu'il s'inscrit dans la perspective giscardienne de redorer le blason de la bourgeoisie française.» On ne dirait plus ça aujourd'hui. La bourgeoisie, on aime. On aime tous la bourgeoisie, on s'y est fait, «tous bourgeois», pense-t-on, c'est comme ça. «Mais ça ne suffit pas. Car la facilité avec laquelle certains spectateurs rient aujourd'hui des uniformes, la frivolité avec laquelle, face aux images du fascisme, ils jouent à ceux à qui on ne la fait pas [...] signifie simplement qu'ils ont envie d'oublier l'histoire d'un pays voisin, déchiré, capitaliste et bourgeois comme le nôtre, et sur laquelle il faudra bien un jour tenir un discours qui nous renvoie, à nous, la grimace de nos contradictions.» Restent cinq lignes éblouissantes sur les chômeurs, la propreté des uniformes, la Famille. Les anciens numéros des Cahiers, on les trouve encore. Il faut relire Oudart.

SKORECKI Louis

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