segunda-feira, 7 de setembro de 2015

L'Eclipse. Ciné Cinéfil, 21h50.

LOUIS SKORECKI 24 JUIN 1997 À 04:51

En 1962, entre la rigueur de la Nuit et les audaces plus baroques du Désert rouge, Michelangelo Antonioni réalise l'Eclipse, une histoire d'amour impossible qu'il filme avec un mélange de lenteur et de rapidité très étonnant. A Rome, en plein été, une jeune femme se sépare de son amant. Désemparée, ne sachant que faire de son temps, elle va rencontrer un homme dont la vie, hyper active, s'oppose à la sienne. Monica Vitti joue la bourgeoise angoissée, Alain Delon est un agent de change stressé, plongé dans le vacarme et la folie d'une Bourse qui représente sans doute, pour Antonioni, une caricature à peine forcée d'un monde moderne qu'il déteste. Passant avec brio du roman photo le plus stylisé aux états d'âme douloureux d'une femme qui se cherche, il invente un univers glacé pour des passions très contemporaines.

Mais c'est le couple de l'Eclipse qui fait tout son prix. Avec Monica Vitti, Antonioni avait déjà réalisé l'Avventura et la Nuit, que l'Eclipse vient boucler en rigoureuse trilogie noir et blanc, et il se prépare à lui donner son premier rôle en couleurs dans le Désert rouge, mélodrame moderne dans lequel elle semble échappée d'une comédie érotique d'Ingmar Bergman. Dans ces quatre films à la limite du mutisme, Vitti égratigne ses répliques de sa voix veloutée et désespère ses partenaires avec ses allures aberrantes de fauve indomptable. Ici, elle fait de ses chagrins d'amour une étonnante palette de sentimentalité retenue et d'expressivité soudaine. Le contraste avec Delon, sec et nerveux, fait tout le charme de ce couple mal assorti. Quand on lui demande quels sont ses meilleurs films, Alain Delon cite imperturbablement Luchino Visconti (qui l'a rendu le plus sexy) et Jean-Pierre Melville (qui l'a rendu le plus inaccessible). Il oublie toujours Antonioni qui lui a fait tourner, avec l'Eclipse, son plus beau film. Il y est souverain, distant, racé. Nerveux et alangui, il promène dans cette histoire inquiète sa silhouette hautaine, capable pour une fois de mettre dans ses silences une expressivité qu'on ne lui connaît pas.

SKORECKI Louis

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