quarta-feira, 2 de setembro de 2015

L'Enfance nue

17/06/2003 à 23h24

SKORECKI Louis

Canal + bleu, 0 h 50.

Et si on parlait de Pialat au présent ? Quand un cinéaste ne parle que du temps suspendu, du temps qui passe à peine, du temps qui ne passe pas (faut-il absolument souligner que c'est le temps de l'enfance ?), on voit mal comment on parlerait de lui au passé. Il ne passe pas, Pialat. Il est là, juste devant, les yeux grands ouverts. Quand l'envie lui prend, à Pialat, il sait réussir des choses d'une intensité peu commune. Quelle importance s'il n'est pas un «grand cinéaste», il est un cinéaste intense, un de ceux qui savent mieux que personne concentrer leur attention sur un point aveugle, avant de faire éclater d'un seul coup l'énergie des acteurs ­ pure émotion, pure technique, pure entropie. S'il est souvent tapi dans le noir, prêt à bondir sur sa proie, c'est que Pialat est le seul à le voir, ce point G de la vérité de l'acteur. Pelotonné dans l'obscurité, enroulé sur lui-même comme une boule de nerfs, le poil hérissé, il voit ce que les autres ne voient pas. D'où sa mauvaise humeur, ses accélérations subites et imprévisibles. D'où une sorte de rage froide qui le prend parfois, syndrome d'impatience (un syndrome clinique, rappelons-le), l'impatience du chat qu'on aurait enfermé dans une cage à oiseaux trop petite, une cage sans oiseaux.

Avec les enfants, le vieux chat se calme. Voir ce que voit Pialat dans le regard du gosse de l'Enfance nue ­ et le voir en même temps que lui ­, c'est le pari de ce jumeau tranquille de la Maison des bois. Tranquille n'est peut-être pas le mot. Disons que c'est plus court, plus calibré, que l'invraisemblable feuilleton d'amour de cette Maison des bois, une maison des anges, plutôt, avec Pierre Doris dans le rôle de Dieu. Dans l'Enfance nue, ça va plus vite, c'est plus rêche. Dans cette histoire de sale gosse ballotté de famille en famille, l'absence de Pierre Doris (ou l'absence de Dieu, c'est comme on voudra) se fait salement sentir. Dans les yeux de l'enfant-chat, l'enfant blessé, l'enfant-Pialat, l'appel se fait blessure. Maman, maman, tu es là ?.

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