segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Les dents du diable

LOUIS SKORECKI 28 NOVEMBRE 2001 À 01:46

Ciné Classics, 20 h 45.

La chanson, le cinéma, on n'en sort pas. Les Dents du diable, c'est The Savage Innocents en anglais. Nicholas Ray est toujours du côté des sauvages, des nouveaux sauvages plutôt. C'est un beatnik précoce, l'un des seuls cinéastes à avoir une attitude. Le rock and roll n'est pas loin, bien sûr. Jim Jarmusch l'a compris, qui s'est choisi comme seul maître Nicholas Ray. Ray, c'est Johnny Guitar et James Dean. Et Robert Mitchum dans les Indomptables. Tu comprends, petit? Je grossis le trait, je simplifie. Il te faut un dessin? Nicholas Ray est le seul cinéaste qui se soit vu, dans son miroir intime, comme une rock star. Avant l'invention du rock, il était déjà rock. Beau et tout. Ivrogne et tout. Splendide et tout. Ce n'est pas un hasard si le seul film qui ait jamais inspiré Dylan, c'est les Dents du diable. Un grand cinéaste, Bob Dylan. Son seul film, Reynaldo and Clara, est un chef-d'oeuvre de symbolisme baroque et amoureux. Bien dans le style de Nick Ray, d'ailleurs.

Ça y est, plus personne ne suit. J'en vois un qui rigole au fond de la classe. Le rock, le cinéma, la chanson, qu'est-ce ça veut dire? Acheter la République invisible, le bon livre un peu poussif de Greil Marcus sur les Basement Tapes de Dylan (Denoël). Essayer de dénicher l'édition pirate, The Genuine Basement Tapes. C'est plus difficile mais ça vaut le coup. Dylan et le Band, en stéréo (pas comme dans la version foireuse de Sony), revisitant la musique américaine des cinquante premières années du siècle dernier. I'm Not There (I'm Gone), c'est là qu'on le trouve, nulle part ailleurs. Je ne suis plus là, une vraie définition du cinéma de Ray. Dylan, qui n'a probablement jamais entendu parler de Nicholas Ray, a composé pour lui l'une des plus belles chansons des Basement Tapes, la plus mystérieuse, la plus bête. Vous ne voyez toujours pas? Mighty Quinn, ça vous dit quelque chose? Dans un cinéma pourri, un beatnik tardif (Dylan) voit la fantaisie esquimaude lyrique d'un beatnik précoce (Ray). Allez savoir pourquoi ça lui reste dans la tête. «Tu ne verras rien de mieux/Que le grand Quinn», c'est ce que dit la chanson. Cryptique, idiot, tout pour devenir culte. Il s'agit évidemment d'Anthony Quinn dans les Dents du diable, superbe en assassin rituel en fuite dans les glaces éternelles. La Strada et Zorba le Grec ne valent pas grand-chose, mais sans Quinn, il n'y aurait rien. Quinn, c'est Chaplin. Dylan, c'est Chaplin. Les plus belles chansons, c'est toujours Chaplin.

SKORECKI Louis

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