segunda-feira, 14 de setembro de 2015

Les Dents du diable

LOUIS SKORECKI 27 OCTOBRE 2003 À 01:34

Canal + VERT, 2 h 55.

L'une des plus belles chansons de la période Basement Tapes de Dylan, c'est Quinn the Eskimo. A l'époque où Dylan l'enregistre avec le Band, dans les sous-sols de Big Pink, il ne pense pas la sortir commercialement. C'est Manfred Mann qui s'y colle, avec son pop jazz joliment aigrelet. Dylan n'a jamais dit pourquoi il avait appelé Quinn son Esquimau, mais une fois qu'on a vu (et aimé au-delà du raisonnable) les Dents du diable, film lyrique et indépassable de Nicholas Ray dans lequel Anthony Quinn joue un Inuit, on sait que c'est par amour pour cet acteur invraisemblablement exotique (ou parce qu'il ne connaissait pas d'autre Esquimau) que Dylan l'a appelé comme ça.

Dylan et Ray, ça aurait pu donner un film indépassable. Imaginer le délire abrahamique de Derrière le miroir, la folie meurtrière de James Mason en train d'offrir son fils en holocauste, sur l'air de God Said to Abraham/Kill Me A Son. Ecouter aussi les titres de Ray. Bigger than Life (Derrière le miroir) dit que l'amour est plus grand que la vie, que c'est un sentiment terrible, une impatience meurtrière (au sens clinique du mot impatience). The Savage Innocents (les Dents du diable) dit la problématique rayienne de l'innocence sauvage, de l'innocence perdue. Rien à voir avec ce qu'en fait le couturier teenage Larry Clark, qui est à Ray ce que Wenders est à Ozu. Et le paradis dans tout ça ? Il est là, dans les yeux pleins de bonté d'Anthony Quinn, le dernier sauvage, celui qui va tuer l'homme blanc parce que ce qu'il a fait ne se fait pas. Dans toute religion, c'est le rituel qui fait l'homme. La religion de Ray, c'est celle de l'amour originel, du mystère des origines. Il suffit d'aimer Quinn l'Esquimau au-delà du raisonnable pour aimer Ray comme il faut.

SKORECKI Louis

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