segunda-feira, 7 de setembro de 2015

Les gens de Dublin. Ciné Star 1, 22h05.

LOUIS SKORECKI 14 OCTOBRE 1997 À 11:55

Voici le seul beau film de John Huston, qui passe en face du plus beau film de Clint Eastwood, Un frisson dans la nuit (France 3, 22h40). Deux oeuvres relativement récentes et intéressantes. D'un côté, l'aîné surmédiatisé, de l'autre, le cadet trop voyant, disciple réel mais non avoué du premier, ce Huston qui aurait pu être son père. The Dead (les gens de dublin) est un chef d'oeuvre signé in extremis, à bout de bras, à bout de caméra, sous assistance respiratoire pré-agonisante, oeuvre ultime et peut-être inespérée qui rachète une carrière consacrée à la culture du navet sublime (avec scénario idéal quand c'est james Agee qui signe, et beau casting quand Bogart s'y colle). D'eastwood, ce Frisson dans la nuit, tout premier film comme réalisateur, beau machin fragile trop peu connu qui vient racheter, à l'avance, par préemption artistique, une oeuvre consacrée à l'académisme western et au lumpen jazz black. Mais ces jolis westerns crépusculaires (certains, comme Unforgiven, heureusement impassables à la télé) et autres histoires de justiciers fantômes, sans oublier des séries B au budget gonflé, valent bien l'ordinaire yankee.

L'ombre tutélaire portée par Huston sur Eastwood, c'est l'image d'un cinéaste peu enclin à la stylisation (d'où absence de style, style mal foutu, filmé à la 6/4/2, grimaces qui finissent par «faire style»), influence majeure dont Eastwood ne confessa jamais l'emprise. Comme Huston, Eastwood préfère golfer tranquille plutôt que filmer difficile (voyages exotiques, chasse aux femmes et aux grands fauves), abandonnant du coup l'examen maniaque du rapport dynamique entre projet film et constance d'auteur. L'ombre Huston devient réalité dans Chasseur blanc, chasseur noir, hommage d'Eastwood au cinéaste paresseux d'African Queen, film pour une fois Agee-inspiré.

Vu, revu, admiré, the dead, lecture poétique tout en demi-teintes frigidement neigeuses du texte culte de Joyce, sera encore une fois ce soir, par des millions d'adorateurs insatiables, adoré hors magnétoscope, dans le hors champ familial télé.

SKORECKI Louis

Nenhum comentário:

Arquivo do blog