quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

Les lois de la série

LOUIS SKORECKI 10 FÉVRIER 1997 À 21:49

M6. En semaine à 12h25, «la Petite Maison dans la prairie»; à 14h55, «les Rues de San Francisco». Le samedi à 17h05,«Chapeau melon et bottes de cuir», et 18h05, «Amicalement vôtre».

Des Rues de San Francisco à la Petite Maison dans la prairie en passant par Chapeau melon et bottes de cuir et Amicalement vôtre , M6 propose un panorama tout à fait représentatif des séries des années 60 et 70. Si le style des Anglais, fait d'humour et de surréalisme sauvage, tranche sur le sérieux américain, les productions sont finalement assez similaires, le marché US ayant depuis une bonne trentaine d'années déployé son impérialisme culturel sur tous les produits anglo-saxons. Pour naviguer intelligemment au coeur de ces quatre séries historiques, on se servira utilement de plusieurs guides illustrés, un genre qui fleurit avec succès depuis plusieurs années (1). Alors qu'on est aujourd'hui en plein renouveau du feuilleton, c'est à dire une série dont on suit les rebondissements d'épisode en épisode (la vogue, commencée avec Twin Peaks, se poursuit actuellement avec le fabuleux «talk show filmé» de Steven Bochco, New York Police Blues, et surtout avec le soap opera modernisé qui se cache derrière Urgences sur France 2), il est peut-être utile de se confronter aux règles fondatrices de la série proprement dite. Née dans les années cinquante, alors que la machine hollywoodienne commençait à se gripper, la série télévisée a été tout d'abord un moyen pour les artisans du cinéma au chômage de se recycler. C'est ainsi que Columbo ou la Grande Vallée voient se succéder des cinéastes de talent comme Paul Wendkos ou Gerd Oswald, bien connus des amateurs de films de série B. Même le grand Jacques Tourneur a co réalisé avec son génie modeste quelques épisodes de Mission of Danger et Fury River en 1961.

Succédant aux serials des années trente (ces mini feuilletons de cinéma), les séries inventent un nouveau genre, une forme close sur elle-même, qui est obligée de se renouveler entièrement à chaque épisode avec un héros récurrent. L'originalité de la Petite Maison dans la prairie (pas moins de 216 épisodes entre 1974 et 1982), c'est de proposer, dans un cadre de western néo-mormon, les aventures édifiantes mais toujours nerveuses de toute une famille, du jeune patriarche Michael Landon (pas encore embourbé dans ses histoires d'ange réincarné avec les Routes du paradis) à l'émouvante Melissa Gilbert (qu'on retrouve souvent aujourd'hui, sur M6 précisément, dans des téléfilms nullards). Chaque épisode apporte avec lui son épilogue moral, une manière de conclure en beauté, sans doute calquée sur le très zen Kung Fu (1972-1975).

La fraîcheur créatrice est moins présente dans les Rues de San Francisco, une série pourtant impeccablement policière créée en 1972 par Quinn Martin, auquel on doit aussi les Incorruptibles (1959-1963), le Fugitif (1963-1968), les Envahisseurs (1967-1969) et Cannon (1971-1976). Remarquablement interprétée par un duo résolument hétéro, Michael Douglas et Karl Malden, ce sont les aventures de deux flics speedés dans les rues de l'hitchcockienne ville de Californie.

Contrairement à ces deux séries virilement hollywoodiennes, leurs homologues britanniques font dans l'humour et la concision. L'ancêtre du genre est le remarquable Chapeau melon et bottes de cuir (1960-1969), interprété par le flegmatique Patrick MacNee et plusieurs héroïnes successives (dont celle que l'on voit dans les épisodes actuellement diffusés, Diana Rigg, est sans doute la plus convaincante). Réalisée par d'honnêtes cinéastes anglais (Roy Baker, Don Chaffey, Robert Fuest), la série doit surtout à l'humour imperturbablement british de son principal scénariste, Roger Marshall.

Succédant à ce couple sans relations sexuelles ni même amoureuses (dont descendent, directement, les prudes Dana Scully et Fox Mulder d'X Files), un autre couple, légèrement plus gai, émaille les épisodes ultra-rediffusés d'Amicalement vôtre. Devant l'insuccès public de cette série (qui n'est culte qu'en France, en particulier grâce au doublage nettement homo de Michel Roux), on ne tourna que 24 épisodes en 1971. Au moment où X Files et Urgences triomphent, il n'est pas inutile, grâce à ces quatre séries fondatrices, de revisiter un genre dont l'histoire commence à peine à s'écrire.

(1) Les grandes séries britanniques, les Grandes séries américaines des origines à 1970, les Grandes séries américaines de 1970 à nos jours, trois ouvrages essentiels chez Huitième Art. Signalons aussi Chapeau melon et bottes de cuir, Amicalement vôtre, deux astucieux petits volumes (DLM)et Série Club, un magazine «dévoué aux séries cultes» lancé par M6 et dont le premier numéro est accompagné du pilote de la Petite Maison dans la prairie.

Louis SKORECKI

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