quarta-feira, 2 de dezembro de 2015

L'Etrange Rêve. Ciné Cinéfil, 22h00.

LOUIS SKORECKI 19 MARS 1997 À 23:03

Charles Vidor est bien moins connu que King Vidor, avec lequel il n'a aucun lien de parenté. Beaucoup moins génial que cet aîné turbulent, il peut néanmoins s'estimer heureux d'une vie astucieusement diverse et accomplie. Derrière son plus légendaire triomphe (commercial et artistique), le très codé Gilda, se cache un art prudent de la fiction multiple. Art que les débuts dans le monde du jeune C.V. illustrent à merveille et annoncent gentiment: né avec le siècle, il est lieutenant dans l'armée hongroise pendant la Première Guerre mondiale; à peine essoufflé, il s'en va faire l'assistant en Allemagne, à l'UFA; se lance à gorge déployée dans le chant wagnérien; s'exile à Hollywood. C'est ici que tout commence et finit. Formé à la rude école du montage classique (obscur, invisible), Vidor s'essaye aussi à l'écriture anonyme de scénarios pour l'usine à rêves encore active. Lorsqu'il a 34 ans, Sensation Hunters le sacre cinéaste. Et plutôt doué. Jusqu'en 1959, où la mort laisse son ultime opus, Song without End, inachevé (le joyeux Cukor bouclera l'affaire de sa signature rieuse), Vidor n'arrêtera pas de tourner ses modestes et parfaits films de genre. Pour mémoire, d'excellentes comédies musicales (Cover Girl, avec Rita Hayworth et Gene Kelly), d'apaisants mélos (Song without End), d'honnêtes thrillers (Ladies Retirement), de curieux westerns (les Desperados).

Un mot sur l'Etrange Rêve, cette curiosité sauvagement surréaliste de 1939, une année où Vidor bouclera tout seul trois autres splendeurs ignorées. C'est le brouillon incontesté du Gilda évoqué, le double prophétique du strip-tease mondial ultrasophistiqué et maintenant référentiel. Sans Rita Hayworth (gants), ni Glenn Ford (dents), Vidor y boucle en 66 minutes nerveuses l'histoire d'un criminel psychotique qui accepte de raconter à un psy préhistorique ses rêves angoissés. Même si le remake de 1948, la Fin d'un tueur, est meilleur (parce que signé Rudolph Mate), l'Etrange Rêve promène un Ralph Bellamy inédit dans des ruelles bien sympathiques.

SKORECKI Louis

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